Bien que cela fasse partie des positions de son parti, le chef néo-démocrate Jack Layton a refusé de dire mardi qu'il accepterait une décision de la majorité des Québécois de se séparer du Canada si un autre référendum sur la souveraineté avait lieu.

Publié le 24 mai 2011
Stéphanie Marin LA PRESSE CANADIENNE

Le chef a hésité et tourné longuement autour du pot en réponse aux questions pressantes des journalistes à ce sujet, peu après son premier discours à ses troupes en tant que chef de l'opposition officielle à Ottawa.

Signe possible que M. Layton a de la difficulté à concilier son parti pancanadien avec sa députation provenant en majorité du Québec, il a préféré répondre qu'il s'agissait d'une question hypothétique et qu'il souhaitait plutôt convaincre les Québécois des avantages de rester au sein de la fédération.

Refusant de confirmer qu'une majorité est suffisante, il a plutôt cité l'opinion de la Cour suprême du Canada sur les barèmes d'un référendum sur la souveraineté du Québec.

Selon lui, la Cour suprême requiert «une importante majorité».

«La décision de la Cour suprême a été acceptée par les deux côtés de cette discussion. Cette décision est la base, le seuil pour déterminer ce résultat», a-t-il souligné.

La question de savoir ce qui constitue une majorité «acceptable» pour que le Québec puisse légitimement couper les ponts avec le Canada fait l'objet d'acerbes débats depuis des années.

Le volte-face du chef mardi était d'autant surprenante puisque son parti a inclus dans la Déclaration de Sherbrooke de 2005 - qui rassemble les positions du NPD pour le Québec - une section sur le droit à l'autodétermination des Québécois qui prévoit expressément que le parti reconnaîtrait leur décision majoritaire (50 pour cent + un) de changer le statut politique de la province.

Mais mardi, il a évité soigneusement de prononcer l'expression «50 +1», même lorsque les journalistes lui ont rappelé qu'elle était inscrite noir sur blanc dans la déclaration.

Les députés néo-démocrates n'ont pu éviter la question mardi.

L'un s'est sauvé plutôt que de répondre et le Québécois Tyrone Benskin a indiqué devoir s'informer avant de répondre.

Mais trois députés du caucus, soit Alexandre Boulerice, Guy Caron et Peter Julian ont tous précisé que la majorité simple, soit 50 + 1, est la position du parti.

Sans dire qu'ils ont mal compris, M. Layton a réitéré que l'opinion de la Cour suprême constitue «un excellent cadre de discussion».

Quant au député Dany Morin. qui a admis la semaine dernière lors de sa journée d'orientation au Parlement, qu'il ne savait pas comment il voterait lors d'un prochain référendum, M. Layton a escamoté la question en disant qu'il s'agissait d'une situation hypothétique.

«Mais je vais vous dire ce qui n'est pas hypothétique», a-t-il ajouté. «Ils sont ici pour faire en sorte que le Canada fonctionne».

Par ailleurs, dans son premier discours à son nouveau caucus de 103 députés - un record pour le NPD - M. Layton a fait la part du lion au Québec.

Le discours a débuté en français et le Québec est la seule province qui a fait l'objet d'autant d'attention de la part du chef.

Il a même lancé un message tout spécialement adressé aux Québécois.

«Vous pouvez compter sur moi pour défendre vos intérêts».

Le député d'Outremont, Thomas Mulcair, qui détenait jusqu'aux dernières élections le seul siège du NPD au Québec, affirme qu'il n'a pas conseillé son chef pour son discours axé sur les Québécois.

«M. Layton n'a pas besoin d'être encouragé. Il est conscient plus que toute personne de l'importance historique de ce qu'on vient de réussir au Québec», a-t-il commenté.

Quant au député du Nouveau-Brunswick, Yvon Godin, il ne croit pas que les autres provinces vont se sentir mises de côté par le discours de M. Layton.

«Pas avec M. Layton. Pas d'inquiétude», a-t-il soutenu en souriant.

«Les gens de chez nous étaient très heureux quand ils ont vu le nombre de députés du Québec», a ajouté M. Godin, qui estime que la crainte était surtout de voir le pays se séparer. Une crainte qui n'est plus aussi importante maintenant que les Québécois ont voté pour un parti fédéraliste, croit-il.