La démocratie n'est ni un jeu, ni une distraction, ont clamé jeudi les partis de l'opposition, à Ottawa, alors que les conservateurs tentaient de minimiser les décisions historiques du président de la Chambre des communes, Peter Milliken, qui a fait subir, coup sur coup, deux revers au gouvernement, mercredi.

Malorie Beauchemin LA PRESSE



Dans le dossier de l'annulation du financement de l'organisme Kairos par la ministre de la Coopération internationale, Bev Oda, et dans celui des coûts cachés des décisions gouvernementales, notamment en matière de justice criminelle, les conservateurs devront maintenant montrer patte blanche s'ils ne veulent pas être reconnus coupables d'outrage au Parlement.

Concluant qu'il y avait eu, à première vue, atteinte aux privilèges parlementaires, le président Milliken a exigé, mercredi, que la ministre Oda vienne s'expliquer devant le Comité de la procédure et des affaires de la Chambre. Il a aussi sommé le gouvernement de fournir à l'opposition les documents qu'elle réclame concernant les coûts de projets de loi controversés et de certaines décisions, comme l'achat d'avions F-35 sans appel d'offres.

Le gouvernement a toutefois tenté de minimiser, jeudi, l'importance de ces deux décisions.

«Au jeu de la politique, en démocratie, l'opposition et le gouvernement s'attaquent mutuellement. Il y a des procédures parlementaires et des décisions qui vont parfois dans un sens ou dans l'autre. C'est la vie», a dit le premier ministre Stephen Harper, de passage à Toronto, jeudi.

En Chambre, le leader parlementaire du gouvernement, John Baird, est allé jusqu'à qualifier la question de «distraction». Selon lui, les libéraux tentaient de détourner l'attention des véritables priorités des Canadiens: l'emploi, l'économie, les familles.

«J'ai été abasourdi d'entendre le ministre dire que la démocratie est une distraction. Ce n'est pas une distraction pour les Canadiens. Ils veulent un premier ministre et un gouvernement qui respectent les règles de la démocratie, et c'est exactement ce qu'ils n'ont pas», a rétorqué le chef libéral, Michael Ignatieff, qui a qualifié ce discours de «méprisant» pour les Canadiens.

«Ce n'est pas d'un jeu qu'il est question. C'est de démocratie. La Chambre des communes est l'endroit où se déroule notre démocratie. Quand le président exige le dépôt de documents et somme la ministre de dire la vérité, tu ne peux pas rester indifférent», a condamné M. Ignatieff. Il s'est dit prêt à faire campagne électorale sur ce thème du respect de la démocratie.

Si le Comité de la procédure et des affaires de la Chambre conclut qu'il y a eu outrage au Parlement, les libéraux pourraient théoriquement présenter une motion de défiance pour faire tomber le gouvernement la veille de la présentation du budget, prévue le 22 mars.

De retour cinq jours après avoir subi une opération chirurgicale à la hanche, le chef du NPD, Jack Layton, n'a pas fermé la porte à l'idée de défaire le gouvernement la veille du budget.

Quant au chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, il a blâmé les conservateurs pour «l'ensemble de leur comportement antidémocratique».

«C'est peut-être le fond de leur pensée. Peut-être que la démocratie, pour eux, c'est une distraction, a-t-il estimé. Ils ne se rendent pas compte que c'est grave. Je me souviens quand ils étaient dans l'opposition, ils poussaient les hauts cris, dénonçant les libéraux - avec raison. Mais là, ils agissent avec encore plus de mépris.»