Le syndrome d'Hérouxville sévit dans la capitale fédérale depuis quelques semaines. À la veille d'un possible scrutin printanier, les députés conservateurs du Québec tapent sur le clou des accommodements raisonnables pour consolider leurs appuis dans la province et faire des percées aux dépens du Bloc québécois.

Joël-Denis Bellavance LA PRESSE

Ils tentent aussi de faire appel à la fibre identitaire des Québécois en région en accusant les troupes bloquistes de Gilles Duceppe d'être à la solde des «gauchistes du Plateau» de Montréal.

L'objectif des stratèges conservateurs est de présenter leur parti comme celui qui défend le mieux les intérêts des régions du Québec à Ottawa, comme ils l'affirment dans leur campagne publicitaire lancée à la mi-janvier. «Heureusement, il y a un choix sensé pour les Québécois en région: les conservateurs de Stephen Harper. Notre région au pouvoir», peut-on entendre à la fin de chacune des quatre publicités.

Cette stratégie se rapproche de celle qu'avait utilisée l'ADQ de Mario Dumont au printemps 2007, alors que des élections étaient imminentes. Les adéquistes avaient réussi à exploiter le dossier des accommodements raisonnables - symbolisé notamment par la décision du conseil municipal d'Hérouxville d'adopter un «code de vie» à l'intention des nouveaux arrivants - pour remporter 41 sièges à l'Assemblée nationale. Les libéraux avaient obtenu 48 sièges et le Parti québécois, 36.

De toute évidence, les conservateurs croient que cette stratégie pourrait les servir. Plusieurs conservateurs du Québec sont d'ailleurs issus de la filière adéquiste.

Ainsi, le 11 février, le député conservateur de Lévis-Bellechasse, Steven Blaney, a causé une certaine surprise en déposant un projet de loi privé qui obligerait les électeurs à voter à visage découvert. Le député s'est défendu de viser les électrices qui portent un voile pour des raisons religieuses. Il a dit qu'il voulait éviter que des gens se présentent au bureau de scrutin avec des masques d'Halloween, des masques de ski ou des cagoules, comme cela s'est produit dans trois circonscriptions à des élections partielles, en septembre 2007, alors que la commission Bouchard-Taylor se penchait sur les accommodements raisonnables.

«C'est une mesure qui vise à renforcer la crédibilité du processus électoral et à améliorer la confiance de notre population envers le système électoral», a affirmé M. Blaney. Le lendemain, le ministre de l'Immigration, Jason Kenney, a donné son appui au projet de loi.

Quatre jours plus tard, aux Communes, M. Blaney a interrogé le ministre Kenney sur les passeurs d'immigrants clandestins: «Hier soir, on apprenait comment des immigrants du Sri Lanka, du Mexique et de la Colombie exploitent notre système d'immigration en payant des réseaux de passage de clandestins. (...) Le ministre peut-il informer la Chambre des mesures qu'il a prises afin de protéger les régions du Québec contre les menaces posées par l'immigration illégale?»

À cette question «plantée», le ministre Kenney a répondu: «Monsieur le président, il a raison de dire que nous avons un problème de passage de clandestins à la frontière entre les États-Unis et le Québec. C'est une des raisons pour lesquelles il faut que nous adoptions le projet de loi C-49 afin de combattre les passeurs de clandestins (...). Malheureusement, les gauchistes du Plateau sont contre une approche forte à ce sujet.»

Dans les derniers jours, M. Blaney et d'autres conservateurs du Québec ont multiplié les attaques contre le Bloc québécois et «les gauchistes du Plateau». «Lutter contre la criminalité et assurer la sécurité de nos enfants dans toutes les régions du Québec est notre priorité. Malheureusement, cette priorité n'est pas celle du Bloc et des gauchistes du Plateau Mont-Royal», a affirmé lundi le député Daniel Petit aux Communes.

Jeudi, M. Blaney a renchéri: «Contrairement aux bloquistes, notre gouvernement conservateur vient en aide aux régions du Québec avec le plan d'action économique. Nous baissons les impôts, nous supportons les travailleurs, nous venons en aide aux aînés et nous supportons également nos PME en vue de créer des opportunités d'emploi dans toutes les régions du Québec. Pendant que notre gouvernement conservateur est à l'écoute des régions et livre la marchandise, l'opposition est à l'écoute des gauchistes du Plateau Mont-Royal.»

Interrogé au sujet de ces propos, M. Blaney s'est borné à dire que les députés bloquistes des régions sont davantage à l'écoute des besoins des villes que de ceux de leurs électeurs.

Si des élections fédérales ont lieu dans quelques semaines, les conservateurs sauront si cette stratégie leur permettra de faire des gains au Québec ou si elle aura été un grand coup d'épée dans l'eau.