Le gouvernement Harper a décidé de jouer à fond la carte de l'économie auprès des autorités américaines dans sa stratégie pour défendre l'industrie des sables bitumineux de l'Alberta.

Mis à jour le 7 déc. 2010
Joël-Denis Bellavance LA PRESSE

Le ministre des Ressources naturelles, Christian Paradis, a utilisé cette carte en mai à Chicago lorsqu'il a rencontré le gouverneur de l'État de l'Illinois, Pat Quinn, et des dirigeants d'entreprise des États-Unis, a appris La Presse.

Cette stratégie vise notamment à faire échec à la campagne tous azimuts menée par les groupes écologistes aux États-Unis contre l'exploitation des sables bitumineux. Ces derniers font pression depuis plusieurs mois sur les décideurs américains pour qu'ils bloquent la construction de l'oléoduc Keystone XL, de la société TransCanada, lequel doit relier les puits de pétrole de l'Alberta aux raffineries du sud des États-Unis (Texas et Louisiane, notamment).

Cet oléoduc long de plus de 2500 km serait capable de transporter environ 1 million de barils de brut par jour et représenterait un investissement de 7 milliards de dollars. Ce projet a été un enjeu durant les élections de mi-mandat dans certains États américains, au mois de novembre. TransCanada attend toujours le feu vert des autorités américaines pour aller de l'avant avec ce projet.

Il y a quelques mois, le président de la commission de l'énergie à la Chambre des représentants des États-Unis, Henry Waxman, s'est élevé contre le projet d'oléoduc. «Il va accentuer notre dépendance vis-à-vis de l'une des sources de carburants les plus sales actuellement disponibles», avait-il affirmé dans une lettre envoyée à la secrétaire d'État Hillary Clinton.

Au mois de mai à Chicago, où il participait à une conférence sur le dialogue Canada-États-Unis sur l'énergie propre, M. Paradis avait utilisé des exemples simples pour illustrer l'importance de l'industrie des sables bitumineux non seulement pour l'économie canadienne, mais aussi pour l'économie américaine, selon des documents que La Presse a obtenus grâce à Loi sur l'accès à l'information.

Devant son auditoire, le ministre a expliqué que les énormes camions Caterpillar 797 utilisés pour transporter les sables bitumineux en Alberta sont construits aux États-Unis. Le moteur et le châssis sont construits en Louisiane, respectivement à Lafayette et à Amite; l'habitacle est construit à Joliet, en Illinois; les pneus à 35 000$ l'unité sont fabriqués à Lexington, en Caroline-du-Sud.

«L'industrie pétrolière canadienne a des retombées économiques importantes pour les États-Unis», a notamment affirmé le ministre à son auditoire, selon les notes préparées par les fonctionnaires de son ministère.

M. Paradis a aussi cité les prévisions de l'Institut de recherche de l'énergie du Canada selon lesquelles l'exploitation des sables bitumineux en Alberta permettra de créer 14 000 emplois dans l'État de l'Illinois et 342 000 emplois dans l'ensemble des États-Unis dans les cinq prochaines années.

De fait, la semaine dernière, une étude menée par l'organisme Energy Policy Research Foundation a conclu que le projet de l'oléoduc Keystone XL est «nécessaire afin de remédier à la diminution des approvisionnements en pétrole brut dans les raffineries des États-Unis», conséquence de la baisse des importations de brut en provenance du Mexique et du Venezuela. L'étude indique également que le transport et le traitement du brut provenant des sables bitumineux injecteraient entre 100 et 600 millions de dollars annuellement dans l'économie américaine.

En septembre, l'ancienne présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, a fait une visite officielle au Canada afin de rencontrer les représentants de l'industrie des sables bitumineux de même que les groupes environnementalistes afin de mieux comprendre les retombées de cette industrie.

Mme Pelosi, qui a perdu son poste de présidente de la Chambre des représentants à la suite des élections américaines de mi-mandat, mais qui demeure la chef de file des démocrates, a aussi rencontré trois premiers ministres provinciaux, soit Ed Stelmach, de l'Alberta, Brad Wall, de la Saskatchewan, et Jean Charest, du Québec.

Les sables bitumineux de l'Alberta représentent la principale source de pétrole du Canada. Leur exploitation est régulièrement mise en cause par les associations environnementales, qui soulignent les gaz à effet de serre qu'elle libère ainsi que la destruction d'une partie de la forêt boréale.

Pour séparer le brut du sable, il faut d'importantes quantités d'eau. Les eaux usées sont ensuite déposées dans d'immenses lacs artificiels, au grand dam de nombreux riverains et écologistes.

En juin, un juge de l'Alberta a reconnu la société pétrolière Syncrude coupable de la mort de 1600 canards qui s'étaient posés sur un bassin de décantation. La firme a été condamnée en octobre à une amende record de 3 millions de dollars.

- Avec William Leclerc