La réforme du recensement forcera les chercheurs universitaires à se rabattre sur les bourses subventionnées par le gouvernement, soutiennent les professeurs.

Mark Brownlee LA PRESSE CANADIENNE

Les chercheurs jugent que le nouveau formulaire volontaire et écourté qui entrera en vigueur en 2011 ne pourra procurer une base de données fiable. Par conséquent, pour obtenir leurs informations, ils devront faire appel à des organisations privées - donc, solliciter le gouvernement pour financer cette démarche.

Cela signifie que certaines recherches n'obtiendront jamais de financement et qu'elles n'auront donc jamais lieu.

C'est précisément ce qui inquiète la professeure Ellen Goddard, qui enseigne l'économie rurale à l'Université d'Alberta. Mme Goddard a recours aux données pour retracer les demander en alimentation et tout ce qui entoure la réglementation alimentaire à travers le pays. Elle fait valoir que les chercheurs devront consacrer davantage de temps à la recherche de bourses plus élevées, une démarche qui lui semble floue.

Une grande partie du financement dont profitent les professeurs provient d'organisations comme le Conseil de recherches en sciences humaines ou encore les Instituts de Recherche en santé du Canada, qui sont en fait deux agences subventionnées par le gouvernement fédéral.

«Un grand nombre de nos chercheurs devra se rabattre sur l'argent de leurs bourses fédérales pour acheter des données provenant du privé, alors dans un certain sens, le gouvernement fédéral n'économise pas d'argent en agissant ainsi. Cela ajoute au fardeau financier des universités et des collèges», estime le directeur exécutif adjoint de l'Association canadienne des professeures et des professeurs d'université (ACPPU), David Robinson.

Les institutions postsecondaires canadiennes sont déjà étouffées par des compressions sur le plan du financement.

Une somme additionnelle de 32 millions $ a été injectée dans les agences de bourses fédérales, selon le budget présenté cette année. Cette hausse fait cependant suite à des compressions financières de 147,9 millions $ pour trois ans, une mesure adoptée en 2009.

«Les budgets de recherche dont déjà maigres dans les universités, affirme le vice-président à la recherche à l'Université de Winnipeg, Neil Besner. D'abord, nous ne pouvons financer à l'interne toutes les demandes de recherche de nos professeurs. Et toute contrainte additionnelle sur le plan budgétaire constituerait un problème», ajoute M. Besner.

Ces changements affecteront vraisemblablement les autres chercheurs en sciences humaines. Et éventuellement, les professeurs de sociologie, de santé et de géographie devront, eux aussi, trouver de nouvelles façons d'obtenir des informations une fois que les données de 2006 seront inutilisables.

Industrie Canada n'a pas fourni de réponse précise lorsqu'on leur a demandé si les subventions des agences de bourses fédérales pourraient être revues à la hausse afin d'aider les chercheurs à faire face aux compressions budgétaires.

«Ce sont des conseils de bourses qui estiment si une recherche mérite que le gouvernement subventionne les chercheurs et les achats de données. Notre politique demeure la même», a écrit dans un courriel l'attachée de presse du ministre de l'Industrie, Tony Clement.

Selon elle, le nouveau formulaire de recensement pourra être utile aux chercheurs. Les données seront «utiles et utilisables» et pourront «répondre aux besoins de plusieurs», a soutenu Lyne Meahan.