Le gouvernement Harper a rejeté, lundi, la demande de financement de 600 millions de dollars de la ville d'Edmonton pour soutenir sa candidature afin d'obtenir l'Exposition universelle de 2017.

Joël-Denis Bellavance LA PRESSE

En rejetant la demande de la capitale de l'Alberta, le gouvernement Harper prépare aussi le terrain pour refuser à la Ville de Québec le financement d'un amphithéâtre multifonctionnel qui pourrait accueillir une équipe de la Ligue nationale de hockey, selon certaines sources.

Car, en disant non aux deux villes, le gouvernement conservateur évitera de se faire accuser de favoriser une région du pays à des fins électoralistes, a-t-on fait valoir.

De fait, le ministre des Finances, Jim Flaherty, a déclaré lundi dans un discours à Oakville qu'il écartait catégoriquement le financement de tout projet non essentiel dans son prochain budget, lequel sera déposé en février ou en mars. Et les années de vaches maigres dureront tant que le déficit, de 45 milliards de dollars cette année, n'aura pas été éliminé. Il devrait l'être en 2015.

Au bureau du premier ministre, on a affirmé que le gouvernement conservateur n'avait pas encore pris de décision dans le dossier du financement de l'amphithéâtre de Québec, un projet de 400 millions que défend bec et ongles le maire de la ville, Régis Labeaume. Cette question risque d'être un enjeu aux prochaines élections dans la région de la Vieille Capitale où se trouvent la majorité des sièges conservateurs du Québec.

«Aucune décision n'a été prise dans ce dossier. Le financement du sport professionnel est la responsabilité du secteur privé», a affirmé lundi soir Dimitri Soudas, directeur des communications de M. Harper.

Dans le passé, M. Harper a dit être prêt à délier les cordons de la bourse du gouvernement à certaines conditions: le projet doit être abordable, il faut une participation «importante du secteur privé» et le gouvernement fédéral doit être équitable envers toutes les régions.

M. Harper avait provoqué une levée de boucliers dans les provinces de l'Ouest, l'été dernier, quand il s'était montré ouvert à financer une partie du projet de Québec. Les tribunes téléphoniques de Calgary, d'Edmonton et de Vancouver avaient été inondées d'appels de gens furieux contre le premier ministre. Depuis lors, M. Harper a imposé des conditions plus strictes, dont celle de la participation du secteur privé.

La Ville de Québec est prête à investir 50 millions dans ce projet et le gouvernement Charest s'est engagé à payer 45% de la facture, soit 180 millions. Le maire Labeaume exige qu'Ottawa finance le reste, également 180 millions. Le secteur privé a récolté environ 15 millions pour ce projet jusqu'ici. Pour sa part, la Ville d'Edmonton exigeait 600 millions d'Ottawa pour organiser l'Expo de 2017, laquelle coïncidera avec le 150e anniversaire de la fondation du Canada. En tout, les promoteurs avaient misé sur un budget total de 2,3 milliards.

Le premier ministre de l'Alberta, Ed Stelmach, a exercé d'énormes pressions pour qu'Ottawa dise oui à ce projet. Plusieurs députés conservateurs de la province y étaient également favorables. Mais, en ces temps de restrictions budgétaires, le gouvernement Harper a jugé que l'Expo était trop coûteuse, d'autant plus que la somme de 600 millions ne comprenait pas les coûts de sécurité. La facture totale pour Ottawa aurait pu friser le milliard.

Le ministre du Patrimoine, James Moore, a envoyé une lettre au maire d'Edmonton lundi pour confirmer la décision d'Ottawa. «Un élément-clé de la prochaine phase du plan d'action économique sera de revenir à des budgets équilibrés. Comme le ministre des Finances l'a expliqué vendredi dernier, notre gouvernement n'engagera pas de nouvelles grandes dépenses. Nous ne pouvons simplement pas courir le risque d'afficher d'importants déficits plus longtemps qu'il ne le faut», a affirmé le ministre Moore.

Selon des sources conservatrices, il serait étonnant que le gouvernement Harper dise maintenant oui à la Ville de Québec après avoir dit non à Edmonton.

«Je crois que le projet de Québec est mort. On ne peut pas dire oui à Québec après avoir rejeté le projet d'Edmonton. Les deux ne sont pas semblables, mais les raisons pour les rejeter sont les mêmes», a affirmé un député conservateur sous le couvert de l'anonymat.

«L'idée que nous pourrions maintenant songer à subventionner un aréna de hockey à Québec est stupide. Nous devons concentrer les efforts du gouvernement sur les choses qui comptent. Si nous adoptons cette position de principe, il n'y aura pas de ressac nulle part», a affirmé une source conservatrice au chroniqueur influent Don Martin, sur le site internet du National Post.