La Russie a lancé une fusée afin de mettre en orbite un satellite japonais le 2 juin dernier. Deux semaines auparavant, soit le 19 mai, les autorités russes avaient avisé le Canada que les débris de la fusée tomberaient dans la mer de Baffin, dans les eaux territoriales canadiennes. Le Canada a protesté, en vain.

Mis à jour le 9 nov. 2010
Joël-Denis Bellavance LA PRESSE

C'était la deuxième fois en moins d'un an que la Russie avisait ainsi le ministère des Transports du Canada que des débris de fusée tomberaient dans les eaux canadiennes: la même chose s'était produite en octobre 2009, révèlent des documents du ministère des Affaires étrangères que La Presse a obtenus grâce à la Loi sur l'accès à l'information.

«Le Canada a fait connaître ses préoccupations aux autorités russes. Le Canada espère que les deux pays pourront trouver rapidement une solution pouvant les satisfaire», affirme-t-on dans des notes d'information rédigées à l'intention du ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon.

Selon une porte-parole du Ministère, Claude Rochon, le Canada a aussi fait part de ses préoccupations aux autorités japonaises en mai, mais le lancement de la fusée a quand même eu lieu le 2 juin.

«En ce qui a trait à ce cas particulier, comme nous ne possédons pas d'indices démontrant qu'il y aurait eu atteinte envers des biens canadiens, nous continuons de suivre la situation de près», a affirmé Mme Rochon.

Il a été impossible de savoir, lundi, le nombre d'avis d'impact (NOTAM - Notice to Airmen) que le ministère des Transports a reçus de la part des autorités russes au cours des dernières années.

Selon le chef adjoint du NPD, Thomas Mulcair, ces deux incidents démontrent que la croisade que mène le gouvernement conservateur de Stephen Harper pour faire respecter la souveraineté canadienne dans l'Arctique n'intimide pas des pays comme la Russie.

«Je pense qu'il y a un problème évident pour la souveraineté canadienne dans l'Arctique. Cela démontre que les Russes entendent bien tester notre capacité de défendre nos intérêts, ce qui nous amène à nous demander ce que fait le gouvernement conservateur dans cet important dossier», a dit M. Mulcair.

La pierre angulaire du gouvernement Harper

Le gouvernement Harper a fait de la protection de la souveraineté canadienne la pierre angulaire de sa politique dans le Grand Nord. Aux élections de 2006, le Parti conservateur avait promis d'acquérir trois grands brise-glaces armés pour patrouiller dans l'océan Arctique. Mais cette promesse a été modifiée depuis et Ottawa compte acheter de plus petits navires de patrouille. Toutefois, la promesse de construire un port et une base d'entraînement tient toujours.

Depuis son arrivée au pouvoir, M. Harper s'est rendu chaque année dans cette région pour défendre la souveraineté du Canada.

Depuis quelques années, il y a eu un certain nombre d'accrochages entre le Canada et la Russie. Il y a quelques mois, le ministre de la Défense, Peter MacKay, avait haussé le ton face à Moscou après que des bombardiers russes eurent survolé la région de l'Arctique. Le Canada avait envoyé des avions CF-18 afin de s'assurer que les Russes n'entrent pas dans l'espace aérien canadien.

«Nous défendrons notre espace aérien. Nous riposterons chaque fois que les Russes se livreront à une intrusion visant la souveraineté du Canada», avait déclaré M. MacKay.

La région de l'Arctique est très convoitée par les pays riverains (Canada, États-Unis, Russie, Norvège et Danemark) en raison des abondantes ressources naturelles qu'elle abriterait. Selon les géologues de l'Institut de surveillance géologique des États-Unis, il pourrait s'y trouver 13% des réserves de pétrole et 30% des réserves de gaz naturel non découvertes de la planète. En septembre, le premier ministre de la Russie, Vladimir Poutine, a exhorté les pays riverains de l'Arctique à coopérer pour que cette région riche en hydrocarbures reste une «zone de paix».

- Avec William Leclerc