Réitérant sa volonté de défendre la souveraineté du Canada en Arctique, le gouvernement fédéral entend mettre l'accent dorénavant sur le règlement des disputes territoriales avec ses voisins nordiques.

Malorie Beauchemin LA PRESSE

À quelques jours d'une visite du premier ministre Stephen Harper dans le Grand Nord canadien, sa cinquième en cinq ans, Ottawa fait de l'établissement de frontières claires dans la région sa priorité.

Le ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, a présenté hier l'Énoncé de la politique étrangère du Canada pour l'Arctique, qui reprend les quatre piliers de la stratégie gouvernementale pour le Nord: exercice de la souveraineté, développement économique et social, protection de l'environnement et décentralisation de la gouvernance.

Le ministre Cannon a promis d'intensifier les pourparlers avec ses partenaires membres du Conseil de l'Arctique, qui rassemble les pays concernés par les frontières de ce territoire aride, dont les États-Unis (Alaska), le Danemark (Groenland) et la Russie.

Ottawa, a dit le ministre Cannon, entend aborder la question de la délimitation des frontières non pas dans un esprit de contestation, mais plutôt de «discussion» et de «coopération». Avec la fonte des glaces, la question de l'Arctique devient de plus en plus importante pour la politique étrangère canadienne.

«La souveraineté du Canada dans l'Arctique est bien établie depuis longtemps et repose sur des faits historiques, a souligné le ministre Cannon, en conférence de presse. En tant que gouvernement, notre tâche est de garantir que cette assise solide soit bien comprise dans le monde. C'est pourquoi nous avons considérablement accru notre présence dans le Nord.»

De passage à l'Île-du-Prince-Édouard, le premier ministre Harper a toutefois tenu à préciser que «la protection et la promotion de la souveraineté» du Canada dans le Grand Nord étaient «non négociables».

«Évidemment, nous cherchons toujours à travailler avec nos partenaires, mais à la fin, nous sommes là pour défendre et développer notre stratégie, ce qui inclut des investissements, dans le domaine militaire, mais aussi pour les autres piliers de notre stratégie», a ajouté M. Harper.

Le chef du NPD, Jack Layton, a salué la volonté d'Ottawa de négocier avec ses partenaires la délimitation des territoires de chacun, mais a rejeté la militarisation du Nord.

«Acheter d'immenses navires militaires et prétendre qu'on pourrait partir en guerre contre d'autres pays pour des questions de frontières, c'est ridicule. Le NPD demande depuis longtemps qu'on négocie plutôt avec nos voisins», a dit M. Layton.

La mer de Beaufort, notamment, est au coeur d'un litige opposant Ottawa et Washington, alors que le Canada et le Danemark se disputent une partie de la frontière maritime dans la mer de Lincoln, entre le Groenland et les îles Ellesmere. La Russie est aussi particulièrement agressive dans ses revendications territoriales en Arctique.

Le Canada travaille d'ailleurs actuellement à cartographier, scientifiquement et juridiquement, ce qu'il affirme être son territoire souverain en Arctique, en vue de la présentation d'un mémoire qui sera défendu devant la Commission des Nations unies sur les limites du plateau continental, en 2013.

Pour le député libéral du Yukon, Larry Bagnell, l'Énoncé de la politique étrangère ne contient «rien de neuf» de la part du gouvernement conservateur, «qui a été incapable de tenir ses promesses en Arctique».

«Il n'y a pas d'infrastructures portuaires. La région n'a pas la capacité ni la préparation nécessaires pour faire face à d'éventuels déversements de pétrole, advenant qu'il y ait du forage. Et même les promesses d'équipements militaires, comme l'achat de brise-glaces, n'ont pas été tenues», a estimé M. Bagnell.

Le premier ministre Harper s'envolera lundi pour un séjour de quatre jours dans l'Arctique canadien, où il visitera les trois territoires: le Nunavut, le Yukon et les Territoires du Nord-Ouest.

Ottawa a par ailleurs présenté des excuses officielles aux familles inuites déplacées dans le nord de l'Arctique dans les années 50. C'est le tout nouveau ministre des Affaires indiennes, John Duncan, qui s'est excusé au nom du gouvernement, mercredi, dans une visite éclair à Inukjuak, dans le Nord-du-Québec.