Le premier ministre Stephen Harper ne veut pas d'élections à l'automne. Il estime que son gouvernement doit continuer ses efforts pour redresser l'économie canadienne et créer des emplois.

Joël-Denis Bellavance LA PRESSE

M. Harper a fait cette déclaration jeudi, à Ottawa, à l'occasion d'une réunion des députés conservateurs destinée à préparer la session parlementaire de l'automne, au moment même où un nouveau sondage indiquait que le Parti conservateur et le Parti libéral sont presque à égalité dans les intentions de vote.

Ce sondage, réalisé par la firme Ekos pour le compte de la CBC, accorde 29,7% des intentions de vote aux conservateurs de Stephen Harper et 28,5% aux libéraux de Michael Ignatieff. Le NPD de Jack Layton récolte pour sa part 17,4% des voix tandis que le Parti vert recueille 11,1%.

C'est la première fois depuis plusieurs mois que les appuis au Parti conservateur tombent sous la barre des 30%. À la mi-juillet, quelques jours après les sommets du G8 et G20 et la visite de la reine Élisabeth II, les tories détenaient une confortable avance de 11 points de pourcentage sur les libéraux.

Au Québec, le Bloc québécois demeure en tête avec 41% des appuis. Les libéraux récoltent 28,2% et les conservateurs, 13,5%. Le NPD arrive au quatrième rang avec 7,4%.

Dans un discours devant ses troupes, Stephen Harper a accusé les autres partis de vouloir provoquer des élections. «Tout ce que nous avons fait jusqu'ici vise à renforcer le pays alors que l'économie mondiale et la reprise économique demeurent fragiles. Nous savons que certains dans la coalition des partis de l'opposition menacent encore de provoquer des élections. Mais ce n'est pas ce que les Canadiens veulent, a affirmé M. Harper. Les Canadiens veulent que nous continuions à mettre l'accent sur l'administration, la gouvernance et surtout l'économie, et c'est ce que nous ferons.»

M. Harper a vanté le bilan économique du pays, mais il a évité de parler des controverses qui ont éclaté dans les dernières semaines, notamment la décision de son gouvernement d'abolir le caractère obligatoire du formulaire détaillé du recensement quinquennal mené par Statistique Canada.

En privé, des stratèges conservateurs ont indiqué à La Presse que rien ne justifie la tenue d'un scrutin à l'automne et qu'ils souhaitent continuer à gouverner afin de présenter un autre budget en février ou en mars. Les partis de l'opposition auraient alors l'occasion de mettre fin au règne des conservateurs en votant contre le budget.

«Nous ne voulons pas d'élections à l'automne. S'il y en a, ce sera parce que les libéraux, les bloquistes et le NPD en veulent», a confié un de ces stratèges sous le couvert de l'anonymat.

Le chef du Parti libéral, Michael Ignatieff, et le chef du NPD, Jack Layton, rétorquent que c'est au contraire Stephen Harper qui détient toutes les cartes. De passage à Saint John's (Terre-Neuve) dans le cadre de sa tournée du pays, Michael Ignatieff a affirmé, à l'instar de Stephen Harper, que les Canadiens ne veulent toujours pas de scrutin à l'automne. «Il y a quatre joueurs dans cette joute politique. M. Harper détient certaines cartes qu'il peut jouer. Mon job est de m'assurer que mes troupes soient prêtes à toute éventualité. Nous ne voulons pas d'élections, mais nous serons prêts s'il y en a», a dit le chef libéral.

Pour sa part, Jack Layton a affirmé que le gouvernement Harper, s'il désire se maintenir au pouvoir, devra revenir sur sa décision d'abolir le caractère obligatoire du recensement, une décision qui soulève l'ire de plusieurs groupes de Canadiens. «La balle est véritablement dans le camp de M. Harper. Jusqu'ici, il n'a pas montré beaucoup de volonté de travailler avec les autres partis.»

Selon le président de la firme Ekos, Frank Graves, les résultats du sondage démontrent que la controverse entourant le recensement égratigne les conservateurs. D'autre part, la tournée estivale du chef Michael Ignatieff commence selon lui à rapporter des dividendes.

Le sondage Ekos a été réalisé du 28 juillet au 3 août auprès de 1516 répondants. La marge d'erreur est de plus ou moins 2,5 points de pourcentage, 19 fois sur 20. Au Québec, 416 personnes ont été interrogées, ce qui donne une marge d'erreur de plus ou moins 4,8 points, 19 fois sur 20.