Ottawa envisage d'imiter certains pays scandinaves et d'avoir recours aux bases de données gouvernementales pour recueillir des renseignements sur sa population plutôt que de mener des recensements.

Mis à jour le 4 août 2010
Hugo de Grandpré LA PRESSE

Des experts estiment toutefois que cette méthode est beaucoup plus indiscrète que le questionnaire détaillé du recensement, que les troupes Stephen Harper ont pourtant aboli il y a un mois au motif qu'il porte atteinte au droit à la vie privée des Canadiens.

C'est le président du Conseil du Trésor, Stockwell Day, qui a évoqué cette possibilité, mardi, dans une conférence de presse sur la place de l'économie dans les discussions du caucus du Parti conservateur, qui se réunit demain à Ottawa.

«Des pays comme la Norvège et le Danemark ont opté il y a plusieurs années pour ce genre de collecte de données», a-t-il dit.

«Nous pensons qu'une collecte de données ponctuelle est possible, qu'elle se fait dans certains pays et qu'elle se fait même au Canada. C'est la direction que nous devrions prendre», a-t-il ajouté. Il a toutefois précisé qu'Ottawa n'a pas l'intention d'abandonner le questionnaire court qu'il vient tout juste de créer.

Stockwell Day a par ailleurs fermé la porte aux solutions proposées par le NPD et le Conseil national de la statistique, qui ont récemment réclamé que l'on rétablisse le caractère obligatoire du formulaire détaillé en 2011 tout en abolissant la possibilité d'emprisonner les Canadiens qui refusent d'y répondre.

«Nous avons été clairs en disant que nous nous opposons à la nature obligatoire de cela et à l'idée de forcer les gens par une sanction de nature criminelle, que ce soit l'emprisonnement ou une amende», a-t-il tranché.

Ces peines d'emprisonnement, qui n'auraient jamais été utilisées au Canada, semblent être un obstacle majeur pour le gouvernement Harper, qui a décidé que le questionnaire détaillé du recensement ne serait désormais plus obligatoire, mais sera envoyé dans un nombre accru de ménages.

Plusieurs se sont élevés contre cette décision - chercheurs, provinces, groupes divers -, à commencer par le statisticien en chef de Statistique Canada, qui a remis sa démission il y a deux semaines. Munir Sheikh a déclaré que la formule adoptée par le gouvernement mettrait en péril la fiabilité des données recueillies.

La formule scandinave évoquée par Stockwell Day mardi ne plaît pas non plus à tout le monde. Lors de son témoignage devant le comité parlementaire de l'Industrie, la semaine dernière, Ivan Fellegi, statisticien en chef du Canada pendant plus de 20 ans, l'a qualifiée de très indiscrète.

«Toute personne qui déménage doit obligatoirement s'enregistrer auprès de la police, a-t-il expliqué. Chaque personne qui change d'emploi doit aussi obligatoirement le faire. Toute personne qui s'inscrit à une institution scolaire ou qui la quitte entre aussi dans un registre.»

«Premièrement, ce ne sera peut-être même pas légal et, deuxièmement, encore une fois, le gouvernement ne se préoccupe même pas de consulter le public canadien pour savoir ce qu'il pense de quelque chose qui est beaucoup plus intrusif que le système que nous avons actuellement», a quant à lui dénoncé le député libéral Mark Holland.

«Nous avons toujours espoir que les députés conservateurs vont réussir à ramener à la raison les idéologues tels que Maxime Bernier et Stockwell Day», a conclu un attaché de presse du Nouveau Parti démocratique, Marc-André Viau.

Selon les néo-démocrates, le premier ministre Stephen Harper doit énoncer clairement sa position dans le dossier.

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Inexactes, les statistiques sur le crime?

Alors que les statistiques démontrent que la criminalité est en baisse au pays, le ministre fédéral Stockwell Day a justifié mardi l'investissement de milliards de dollars dans les prisons par le nombre d'actes criminels non déclarés à la police. M. Day s'est dit très préoccupé par l'augmentation du nombre de crimes qui ne font pas l'objet de plaintes, omissions qu'il a qualifiées d'«alarmantes». Et qui font en sorte que les statistiques sur la criminalité sont inexactes, selon lui.

«Pour je ne sais trop quelles raisons, les gens ne déclarent pas les crimes. Ces chiffres sont inquiétants et démontrent que nous ne pouvons adopter une approche libérale envers le crime», s'est ainsi justifié M. Day. Les statistiques sont-elles un mythe? Le ministre a évité de répondre à cette question, soutenant que le nombre de crimes est toujours très élevé. - La Presse Canadienne