Les partis de l'opposition entendent utiliser le mémoire de maîtrise de Stephen Harper pour contester la décision de son gouvernement d'abolir la version longue et obligatoire du recensement, qui doit être remplacée par une version optionnelle.

Mis à jour le 26 juill. 2010
Paul Journet LA PRESSE

Le mémoire du premier ministre, déposé en septembre 1991 au département d'économie de l'Université de Calgary, portait sur les cycles économiques et la politique fiscale.

«À la fin de son mémoire, M. Harper note que la méthode de calcul du taux de chômage a changé en 1965, et que cela complique la comparaison des résultats. Pourtant, c'est exactement ce que son gouvernement s'apprête à faire avec le recensement», explique Kevin Milligan, économiste à l'Université de Colombie-Britannique.

Selon le chercheur, il existe deux Stephen Harper: l'économiste, qui profitait du recensement et reconnaissait la conséquence des changements méthodologiques sur la validité des résultats dans son mémoire. Et le politicien, qui minimise ces deux éléments.

M. Milligan reconnaît que cet exemple prouve qu'il n'est pas inhabituel que la méthodologie soit modifiée. «Mais quand on le fait, c'est pour rendre les résultats plus précis. Pas le contraire», lance-t-il.

Utilisation indirecte

Joint par courriel, le directeur de mémoire de Stephen Harper, l'économiste Frank Atkins, a tenu à souligner que le mémoire de M. Harper ne portait pas sur le recensement.

«C'est vrai, concède M. Milligan, mais il s'en sert indirectement dans son mémoire. Il utilise l'indice des prix à la consommation et l'Enquête sur la population active. Ces informations sont obtenues grâce à la version longue du recensement. Par exemple, on se sert des données du recensement, comme le revenu, pour vérifier si l'échantillon de l'Enquête est représentatif de la population. Cela démontre que le recensement constitue la base de l'architecture des statistiques canadiennes. La validité du mémoire de M. Harper en dépendait», indique-t-il.

M. Milligan ajoute que le mémoire de l'étudiant Harper était «vraiment très bon».

C'est Pier-André Bouchard St-Amand, doctorant en économie à l'Université Queen's et ancien président de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), qui a attiré l'attention sur le mémoire, samedi dans nos pages Forum.

L'opposition compte bien s'en servir. «Il est intéressant de voir que M. Harper l'économiste reconnaissait l'importance des données fiables, mais que cela n'intéresse plus le politicien», dit Marc Garneau, lieutenant du Parti libéral du Canada au Québec.

«C'est triste, le premier ministre met de côté ses connaissances pour faire de la partisanerie», ajoute Mario Laframboise, whip-adjoint du Bloc québécois.

Demain matin, le Comité permanent de l'industrie se penchera sur le recensement. Le ministre de l'Industrie et responsable du dossier, Tony Clement, ainsi que le président démissionnaire de Statistique Canada, Munir Sheikh, doivent notamment s'y adresser.