Le statisticien en chef du Canada a démissionné, mercredi soir, en réaction à la décision du gouvernement conservateur d'éliminer le questionnaire détaillé du recensement de la population canadienne.

Mis à jour le 21 juill. 2010
Heather Scoffield et Jennifer Ditchburn LA PRESSE CANADIENNE

«J'ai présenté ma démission au Premier ministre. Je veux le remercier de m'avoir donné l'occasion de le servir en tant que statisticien en chef du Canada, à la tête d'un organisme qui est un symbole de fierté pour notre pays», a-t-il exprimé.

Munir Sheikh, premier dirigeant de Statistique Canada, a annoncé sa démission dans un communiqué mis en ligne sur le site l'agence fédérale.

Dans une première et dernière attaque contre la décision du gouvernement Harper, il y affirme notamment qu'un sondage à réponse volontaire, comme celui imposé, ne peut absolument pas remplacer un sondage obligatoire.

«J'aimerais profiter de l'occasion pour faire un commentaire sur un aspect technique d'ordre statistique qui est devenu sujet de discussion dans les médias. Cela est relatif à la question si une enquête volontaire peut remplacer un recensement obligatoire», a écrit l'ex-statisticien en chef du Canada, âgé de 62 ans.

«Elle ne le peut pas», conclut-il sans détour.

Cet économiste d'expérience a soutenu qu'il ne voulait pas entrer dans le détail des discussions qu'il a eues avec le ministre de l'Industrie, Tony Clement, à propos du recensement, en raison de ses devoirs légaux.

«Toutefois, le gouvernement peut rendre cette information publique s'il le souhaite», a écrit M. Sheikh.

Des sources internes à Statistique Canada avaient refuté les prétentions du ministre Clement, qui affirmait que l'agence fédérale avait recommandé ce passage d'un sondage obligatoire à un sondage volontaire.

Le statisticien en chef sortant a donc écouté le conseil de son prédécesseur, Ivan Fellegi, qui avait affirmé la semaine dernière qu'il aurait démissionné devant une décision telle que celle prise par le gouvernement.

«J'accepte avec regret la démission de Munir Sheikh, statisticien en chef du Canada», a énoncé le ministre Clement dans un communiqué émis quelques dizaines de minutes après celui du fonctionnaire.

La démission de Munir Sheikh donne du poids au point de vue de plusieurs statisticiens, chercheurs et autres groupes qui soutenaient que ce nouveau mode de sondage limiterait la qualité et la quantité d'informations recueillies.

«Ensemble avec les professionnels qui travaillent à Statistique Canada, je crois que nous pourrons compenser pour ces défis et offrir aux utilisateurs de données une information de haute qualité et fiable», a exprimé le ministre Clement, qui n'a pas semblé vouloir plier.

De passage au Québec, le chef du parti libéral du Canada, Michael Ignatieff, a critiqué le gouvernement Harper pour ce qu'il a appelé «des pressions politiques et idéologiques sans précédent sur Statistique Canada».

«Si vous pensez que l'éducation est dispendieuse, essayez l'ignorance. Et ils essaient l'ignorance. C'est ridicule», a-t-il attaqué.

Plus tôt dans la journée, celui qui était encore statisticien en chef du Canada avait fait parvenir un courriel laconique à tous les employés de l'agence afin d'annuler une réunion du personnel prévue pour l'après-midi. La note, dans laquelle M. Sheikh affirmait qu'il s'expliquerait sous peu, avait aussitôt déclenché les spéculations sur sa possible démission.

M. Sheikh avait ajouté qu'il communiquerait avec les employés quant à son avenir au sein de l'organisation.

«À la lumière de la couverture médiatique d'aujourd'hui, j'annule la réunion publique prévue», avait écrit cet économiste respecté, qui a oeuvré sous des gouvernements libéraux et conservateurs.

Le ministre de l'Industrie, Tony Clement, a été cité dans la presse affirmant que Statistique Canada n'était pas une organisation indépendante et devait se rapporter à lui, malgré ce que certains employés aimaient croire.

Munir Sheikh avait été nommé à la tête de Statistique Canada en juin 2008, relayant Ivan Fellegi, qui avait tenu les rênes de l'organisation pendant 22 ans.

M. Sheikh, qui oeuvrait au sein de la fonction publique fédérale depuis le début des années 1970 était habitué à être sous les projecteurs. Présent au ministère des Finances lors de la période des sévères coupes budgétaires des années 90, puis mis en charge des exercices d'examen des dépenses en 2005, il avait acquis une réputation d'expert de la hache comptable.