Jean Charest s'est ingéré dans la nomination du président de la Caisse de dépôt et placement par pur électoralisme, dit Mario Dumont.

Mis à jour le 30 nov. 2008
Malorie Beauchemin et Tommy Chouinard LA PRESSE

Selon le chef de l'ADQ, son adversaire libéral voulait s'assurer que les pertes financières de l'institution ne soient pas rendues publiques au milieu d'une campagne électorale planifiée depuis longtemps.«M. Charest a dit qu'il ne voulait pas politiser la Caisse de dépôt, mais c'est lui qui a mis la politique là-dedans, a lancé le chef de l'ADQ. Il avait planifié à l'avance que, durant cette campagne électorale, il aurait à garder de l'information cachée. Alors, il a mis en place des mécanismes et des gens qui lui permettent de mener à terme son opération pour cacher la vérité à la population.»

M. Dumont réagissait à un article publié hier dans La Presse, selon lequel Québec a bloqué la candidature d'un sympathisant de l'ADQ, Jean-Guy Desjardins, à la présidence de la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ). Richard Guay, qui a finalement remplacé Henri-Paul Rousseau officiellement en septembre, a dû se retirer en congé de maladie deux mois plus tard.

Le chef adéquiste croit que M. Desjardins, qui a contribué à la caisse de l'ADQ en 2003 et en 2007, aurait pu «faire le ménage» à la CDPQ et aurait probablement dit la vérité sur l'ampleur des pertes financières de l'institution.

M. Dumont estime que le chef libéral a sciemment bloqué cette nomination parce qu'il craignait que M. Desjardins l'empêche de garder «le couvercle sur la marmite».

Alors que M. Charest accuse depuis une semaine ses adversaires de vouloir «mettre les deux mains» dans les affaires de la Caisse, c'est lui-même qui «s'est mis les mains dans les décisions stratégiques» de l'institution, a souligné le chef de l'ADQ.

Mario Dumont a une fois de plus mis en doute les propos du chef libéral selon lesquels il n'est pas au courant de l'ampleur des pertes de la Caisse.

«M. Charest n'a pas assez de pouvoir pour obtenir les chiffres de la Caisse de dépôt, mais il en a assez pour bloquer la nomination d'un président qui ne serait pas libéral. Curieux...» a lancé l'adéquiste, railleur.

«C'est de plus en plus difficile de croire sa version des faits», a-t-il conclu en après-midi.

Charest refuse de commenter

De son côté, Jean Charest n'a pas nié l'information publiée par La Presse. Il a refusé de commenter les échanges qui ont eu lieu entre les dirigeants de la Caisse de dépôt et son gouvernement avant la nomination de M. Guay.

«Je n'ai pas l'intention de repasser toutes les candidatures parce que ce n'est pas l'endroit pour le faire, et ce n'est pas comme ça que ça se passe. Le conseil d'administration forme un groupe de travail qui fait une recommandation au gouvernement. Celle qu'ils ont faite, c'est celle de M. Guay, et elle a été acceptée», a-t-il affirmé. Le chef libéral a noté que «plusieurs candidatures» ont été étudiées, ce qui est «tout à fait normal».

Selon lui, le gouvernement ne rejette pas une candidature parce que la personne concernée est proche d'un parti rival. «Il nous est arrivé de nommer des gens qui ont fait des contributions à des partis de toutes les allégeances, parce qu'on veut choisir les gens les plus compétents. Je vais vous donner un exemple: quand on a nommé M. (Sylvain) Toutant à la SAQ. M. Toutant avait fait une contribution à l'ADQ. Il a été nommé et il a fait un bon travail. Lui aussi a connu des périodes de turbulence, et il a fait un bon travail. Ce qui compte, c'est la compétence.»

L'affaire de la Caisse de dépôt est un «cafouillage lamentable», a estimé quant à elle la chef du Parti québécois, Pauline Marois. Selon elle, les révélations de La Presse sur la nomination de M. Guay à la tête de l'institution illustrent le «vaudeville» créé par le gouvernement Charest.

- Avec la collaboration de Martin Croteau