Des larmes et des sourires. En franchissant les portes de la zone d'arrivée de l'aéroport de Montréal, Paola Ortiz s'est jetée vers ses enfants, Dennyse et Kinnich, dans un véritable cri de joie.

Anabelle Nicoud LA PRESSE

«Je suis résidente permanente, je suis libérée... Je vais pouvoir être tranquille, maintenant!»

Devant les caméras et les appareils photo venus à sa rencontre, Paola Ortiz a exprimé sa joie et son soulagement.

Expulsée du Canada il y a sept mois, elle peut reprendre une vie normale, avec en poche le statut de résident permanent, qui lui permet de vivre et de travailler ici aussi longtemps qu'elle le souhaite.

«C'est une victoire pour moi, a dit la jeune femme, émue. Je suis libérée du stress de l'immigration».

Paola Ortiz retrouve la vie qu'elle avait laissée derrière elle: sa vie avec ses enfants de 5 et 3 ans, ses amis, son travail. Un petit miracle, croit celle qui est allée prier à l'oratoire Saint-Joseph, vendredi, pour «remercier Dieu».

Quitter l'enfer

Paola Ortiz était arrivée au Canada en 2006. Elle espérait y trouver refuge, à des milliers de kilomètres de son Mexique natal, où son conjoint, policier fédéral, lui faisait vivre l'enfer.

Sa demande d'asile a été rejetée, et ses autres démarches ont échoué.

En 2011, elle attendait toujours des nouvelles de sa demande de résidence permanente. Québec y avait agréé, mais la réponse d'Ottawa se faisait attendre. L'ordre d'expulsion est arrivé avant, au mois de septembre.

Elle a donc choisi de laisser derrière elle ses deux enfants, alors âgés de 2 et 4 ans et tous deux citoyens canadiens, pour ne pas leur imposer une vie de fugitifs au Mexique.

À Mexico, elle a vécu cachée chez des amis, avec la crainte perpétuelle de retomber sur son ancien agresseur. Le contact avec Montréal s'est maintenu grâce à Skype. La petite Dennyse disait que sa mère était prisonnière d'un dragon blanc.

Au Mexique, Paola Ortiz a fait une nouvelle demande de résidence permanente. Elle a finalement reçu l'aval du fédéral il y a moins de 48 heures.

«Les mois passaient et je perdais espoir quand j'ai reçu la lettre», raconte-t-elle.

Retour chargé d'émotion

Vendredi, elle a validé son nouveau statut en franchissant la douane canadienne. Celle qui avait quitté son pays d'adoption encadrée par des agents frontaliers est revenue avec, dans son passeport mexicain, un laissez-passer pour une nouvelle vie.

Dans les bras de Paola, Dennyse n'a pas lâché sa mère du regard, touchant ses yeux, sa bouche, ses cheveux, comme pour s'assurer que c'était bien celle qu'elle avait vue pour la dernière fois un soir de septembre.

Pour Solidarité sans frontières, qui a épaulé Paola Ortiz dans ses démarches, ce dénouement heureux ne doit pas faire oublier que des histoires comme celle de Paola arrivent chaque jour. «On se réjouit de son retour. Mais il y a un mais. Pour une femme qui a réussi, avec beaucoup de courage, à revenir, il y en a des milliers d'autres qui font face à ce système d'expulsion oppressif», dit-elle.

Selon l'opposition officielle, Paola Ortiz n'aurait pas eu à se séparer de ses enfants si le ministre de l'Immigration était intervenu en sa faveur, il y a sept mois.

«Ce cas est typique de la gestion froide et calculatrice des conservateurs, a dit dans un communiqué la députée de Saint-Lambert, Sadia Groguhé, porte-parole adjointe du NPD en matière de citoyenneté et d'immigration. Si le ministre avait fait preuve de compassion, cette femme n'aurait pas passé sept mois loin de sa famille, de ses enfants. Parfois, les décisions bureaucratiques n'ont pas de bon sens et il faut que le ministre intervienne. Le ministre Kenney a manqué à son devoir dans cette histoire.»