En juin, lorsqu'une poignée d'élèves de 5e secondaire grimpent sur le podium, vêtus de la toge, coiffés du mortier, tout le village est présent dans le gymnase de l'école pour fêter avec eux. Le diplôme d'études secondaires est source d'une grande fierté.

Mis à jour le 27 févr. 2012
Pascale Breton LA PRESSE

À 34 ans, Lucy Aupalu ne regrette pas d'avoir persévéré. Elle a pourtant abandonné ses études à deux reprises. Elle n'était pas épaulée par sa mère, qui l'élevait seule.

«Je crois que ce diplôme m'a donné plus d'indépendance que bien des personnes de ma génération», raconte aujourd'hui l'enseignante.

Elle ne s'est pas arrêtée là. La mère de trois enfants a aussi suivi une formation pour être reconnue comme enseignante qualifiée. Après 10 ans de persévérance, Mme Aupalu vient d'obtenir son premier certificat.

Elle encourage sa fille aînée, 12 ans, à poursuivre ses études.

La jeune fille étudie en français. Un choix fait par ses parents qui veulent ainsi lui offrir plus de possibilités. C'est une troisième langue pour elle. «J'essaie de l'aider dans ses devoirs, mais c'est difficile. Je ne parle pas le français», explique Mme Aupalu.

La question de la langue est importante dans ce coin de pays isolé. L'école se fait en inuktitut de la maternelle à la 3e année. Par la suite, la scolarisation se fait totalement en langue seconde.

Un rêve

Directeur d'école depuis 29 ans, Aipilie Kenuayuak regarde avec fierté les petits de maternelle. C'est une période de jeux libres. Des fillettes jouent à la maman. Elles ont installé une poupée dans le capuchon de leur manteau, comme leurs mères.

À l'aube de la retraite, le directeur caresse un rêve. Il aimerait que toute la formation primaire se fasse en inuktitut.

«Je ne suis pas satisfait de ce que je vois actuellement. Je vois que les enfants apprennent beaucoup de la maternelle à la 2e année. Mais en 3e année, quand on introduit une langue seconde, l'apprentissage ralentit considérablement», raconte-t-il.

Mais pour y arriver, il faut plus d'enseignants inuits qualifiés et ils sont rares. Comme plusieurs de ses pairs, M. Kenuayuak croit que le salut de son peuple passe par la construction d'un collège au Nunavik.

Les élèves qui persévèrent et qui veulent faire des études postsecondaires doivent actuellement s'exiler dans le Sud.

Ils quittent leur communauté de quelques centaines d'habitants, où les motoneiges sont reines, pour aller à Montréal. Un véritable déracinement. En plus du déchirement et du choc de la ville, les jeunes font face à d'importantes difficultés scolaires.