La travailleuse sociale est arrivée à l'école un vendredi à 16h. Elle cherchait désespérément une famille prête à accueillir un enfant en détresse, le temps d'un week-end.

Mis à jour le 25 févr. 2012
Pascale Breton LA PRESSE

Ce n'est pas rare. Le nombre de signalements a explosé au cours des dernières années au Nunavik. La Direction de la protection de la jeunesse doit afficher des annonces sur le babillard des écoles pour trouver des familles.

Marie-Josée s'est proposée. La jeune enseignante et son conjoint s'étaient installés à Puvirnituq un mois plus tôt. Ils ont servi de famille d'accueil temporaire à quelques reprises. Puis Richard est arrivé dans leur vie.

Il avait à peine 6 semaines, bien emmitouflé dans l'amaotik, ce parka traditionnel à grande capuche qui permet aux femmes inuites de porter les bébés. «J'ai eu les larmes aux yeux», raconte Marie-Josée.

L'enfant est né d'un père inconnu. Sa mère souffre de problèmes de santé mentale. La garde de ses cinq enfants lui a été retirée.

Les années ont passé. Richard a maintenant quatre ans et demi. Il vit toujours avec Marie-Josée et Mathieu, qu'il considère comme ses parents. Il a aussi un grand frère de 6 ans, William, qui a été recueilli par le couple il y a deux ans.

Ils forment une famille. Marie-Josée et Mathieu les considèrent comme leurs enfants. Mais ils ne pourront jamais les adopter. Les Inuits refusent que des «Blancs» adoptent des enfants inuits, de peur qu'ils ne perdent leur culture.

Mais par la force des choses, Richard a déjà perdu sa culture, lance Marie-Josée. Elle ne parle pas inuktitut. Impossible pour elle de l'enseigner à son fils.

Richard grandit donc dans un village inuit, dans la rigueur du Nord, où il côtoie ses pairs. Mais il est élevé à la manière du Sud. Avec les tapis de mousse, la glissade et les nombreux jouets, rien ne manque dans la salle de jeux.

Pour son frère William, la situation est différente. Le garçon a grandi avec ses parents jusqu'à l'âge de 4 ans. Jusqu'à ce que son père soit emprisonné pour avoir tiré sur un policier. Sa mère a alors sombré dans l'alcool et les sept enfants de la famille ont été placés. Seul William se trouve dans une famille de «Blancs».

L'enfant parle inuktitut, français et un peu anglais. Il se souvient de la vie avec ses parents. Il voit ses frères et soeurs à l'école.

Certains jours sont plus difficiles. William fait des crises soudaines. Il ne s'exprime alors qu'en inuktitut. Marie-Josée est habituée, ses élèves font la même chose. Mais elle se sent démunie.

«Il parle un peu plus, mais il ne parle pas de ses émotions. Il fait des crises de rage. Je ne comprends pas pourquoi et il ne peut pas me le dire. Je trouve cela difficile.»

Marie-Josée et Mathieu aiment le Nord. Ils y resteraient encore longtemps. Mais incessamment, ils devront prendre une décision: retourner dans le Sud ou pas? Ils souhaitent offrir la meilleure scolarisation possible à leurs fils. Ce n'est pas possible dans le Nord.

Comme l'adoption leur est refusée, tout est compliqué. Le couple vit dans l'attente et espère à tout le moins obtenir les droits parentaux. Pendant ce temps, les garçons grandissent à cheval sur deux cultures.