La Sûreté du Québec a ouvert une enquête, mercredi, sur la divulgation d'informations confidentielles dans l'affaire Ian Davidson. C'est le ministre de la Sécurité publique, à la demande du Directeur des poursuites criminelles et pénales, qui a ordonné la tenue de cette enquête.

Mis à jour le 9 févr. 2012
Émilie Bilodeau LA PRESSE

Marc Parent, directeur du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), a confirmé qu'il allait collaborer avec les enquêteurs de la SQ en conférence de presse cet après-midi. Il s'est dit «consterné et choqué de lire des informations confidentielles jour après jour dans les médias».

Selon lui, certains renseignements qui ont paru dans les médias, notamment certaines informations fausses ou certaines techniques d'enquête, ont nui au travail des enquêteurs qui se penchent sur le cas de Ian Davidson. Ce dernier a tenté de vendre une liste contenant le nom d'informateurs de la police à des membres du crime organisé. Il s'est enlevé la vie le 18 janvier dernier dans un hôtel de Laval.

Les reportages qui contenaient ces informations sensibles ont aussi «mis en péril les citoyens, les policiers et les enquêteurs qui travaillent dans le dossier», a indiqué M. Parent.

Les enquêteurs tenteront de déterminer qui, au sein du SPVM ou du système judiciaire, a pu être à l'origine des fuites d'informations dans les médias. Des accusations seront portées contre les fautifs.

L'avocat criminaliste Jean-Claude Hébert croit que le Directeur des poursuites criminelles et pénales a bien fait de demander la tenue d'une enquête sur les informations sensibles que les policiers transmettent aux journalistes.

Les enquêteurs n'auront pas une tâche facile, estime-t-il. «Les policiers ne courront pas aux portes pour se confesser... Entre une faute déontologique et une infraction criminelle, ça ne sera pas du gâteau de prouver, dans un cas précis, qu'il y a eu une infraction à la loi.»

Me Hébert croit que les journalistes pourraient être appelés à témoigner. Les enquêteurs pourraient même tenter d'obtenir un mandat pour écouter leurs conversations ou pour saisir leur matériel. «Si les enquêteurs ont des motifs de croire que des policiers ont franchi la ligne rouge, ils peuvent demander les autorisations pour perquisitionner ou écouter», affirme-t-il.

La Cour suprême du Canada a tranché, en octobre 2010, dans le procès impliquant un journaliste du Globe and Mail, que la protection des sources des journalistes est accordée au cas par cas. Un juge aurait alors la «délicate tâche» d'autoriser ou non l'écoute électronique ou la perquisition dans l'enquête sur l'affaire Ian Davidson.

Advenant le cas où un journaliste serait épinglé avec des extraits d'écoute électronique, il violerait la loi et pourrait aussi faire face à des accusations, croit Me Hébert.

La FPJQ préoccupée

M. Parent a assuré que l'enquête déclenchée mercredi avait pour but de «faire la lumière sur le coulage d'information et non de faire un procès sur le travail des journalistes». Il n'a cependant jamais confirmé ou infirmé que des journalistes pourraient faire l'objet d'écoute électronique.

Le président de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, Brian Myles, s'est montré préoccupé à la suite de la conférence de presse du directeur du SPVM. Il craint que l'enquête devienne un «prétexte à une partie de pêche dans les sources journalistiques».

«On ne m'a pas fait la démonstration que le travail journalistique avait nui aux enquêtes, loin de là. Les journalistes, jusqu'à preuve du contraire, ont exposé un problème d'intérêt public, c'est-à-dire les failles dans la sécurité et dans la protection des informateurs au SPVM», a déclaré M. Myles.

Il a d'ailleurs demandé au ministre de la Sécurité publique, Robert Dutil, d'assurer que les journalistes ne seront pas mis sous écoute électronique ni ne seront «ciblés par la Sûreté du Québec d'une quelconque façon».

M. Myles a affirmé qu'il allait se battre «bec et ongles» pour défendre la protection des sources journalistiques.