Enterrer 9000 plants de fraises. C'est ce que fera Claude Talbot, propriétaire d'une petite ferme de Donnacona, au moment des labours du printemps. Cette culture n'est plus rentable, juge-t-il. Surtout depuis qu'il a été inscrit «de force», comme il dit, à l'Association des producteurs de fraises et framboises du Québec (APFFQ), qui lui a réclamé 1000$ récemment pour des cotisations impayées depuis 2009. «Ma ferme était un rêve, qui prend fin sous cette forme», a-t-il raconté.

Marie Allard LA PRESSE

De nombreux producteurs maraîchers remettent en question leurs cultures de fraises et de framboises, a appris La Presse. «Plusieurs m'ont parlé de la mise en demeure qu'ils ont reçue parce qu'ils n'ont pas payé leur cotisation à l'Association», a indiqué Geneviève Legault, agronome au Club agroenvironnemental de l'Estrie.

Le problème? En payant la redevance, «ça ne devient pas rentable de cultiver une petite superficie» de fraises ou de framboises, a estimé l'agronome. Déjà, l'été dernier, Mme Legault a dû faire un constat d'arrachage de plants de framboisiers, «à cause de cette loi-là», a-t-elle précisé.

Au Québec, on peut cultiver bleuets ou canneberges en ne payant qu'une cotisation annuelle de 300$ à l'Union des producteurs agricoles. Mais dès qu'on achète 250 plants de framboises ou 1000 plants de fraises, on doit de plus cotiser à l'APFFQ. «Notre règlement de contribution est bel et bien obligatoire», a confirmé Caroline Thibault, directrice générale de l'Association. Pour se faire payer, l'APFFQ a procédé à des «mises en demeure groupées», a-t-elle reconnu.

La cotisation se divise en trois parties: la première varie selon le nombre de plants achetés, la deuxième selon le nombre de contenants achetés et la dernière est une contribution annuelle fixe, exigée depuis 2008. «Le problème, c'est que ces règlements ont été votés en l'absence des petits producteurs, qui n'en sont pas membres, a dénoncé Mme Legault. Qui va les défendre?»

Les agriculteurs «qui choisissent la production de fraises et framboises entrent dans un secteur qui est organisé et dans lequel il y a des occasions, a répondu Mme Thibault. Il y a un prix à payer pour ça.»

Mise en demeure

Ces règlements «ne favorisent que les gros», a dénoncé Laurier Chabot, de la ferme biologique Aux couleurs des saisons, de Sainte-Catherine-de-Hatley, qui se bat aussi contre l'APFFQ. Sa faute: avoir acheté 300 plants de framboises pour des amis, chez un fournisseur où il avait un compte, en 2009. «Je viens de recevoir une lettre d'avocat me demandant de payer plus de 600$ à l'Association en moins de 10 jours», a-t-il indiqué.

Une solution semble en voie d'être trouvée. «Si M. Chabot nous fait la démonstration que les 300 plants de framboises ne sont pas chez lui, on va l'arranger, son dossier», a dit Mme Thibault. Or, l'agronome Geneviève Legault atteste que les framboisiers ne sont pas à la ferme Aux couleurs des saisons.

«Même si mon cas se règle, plusieurs autres vont détruire leurs framboisiers et leurs fraisiers pour ne pas avoir à payer, a déploré M. Chabot. C'est une injustice totale, pour les petits producteurs comme pour les consommateurs, qui ne pourront plus trouver de petits fruits locaux.»