Le Plan Nord est une «chimère» faisant miroiter un essor économique bien temporaire, notamment pour les communautés autochtones, affirme le nouveau député fédéral innu de Manicouagan, Jonathan Genest-Jourdain.

Mis à jour le 1er nov. 2011
André Noël LA PRESSE

«Le Plan Nord, c'est une fin de non-recevoir à mon sens, déclare le jeune député néo-démocrate. À l'heure actuelle, ce qu'on nous présente, c'est une chimère. C'est expéditif et improvisé.»

La majorité des Innus n'appuient pas le Plan Nord, rappelle-t-il. Ceux-ci ont combattu les projets de barrages sur la Romaine. M. Genest-Jourdain dénonce le «pillage» des ressources naturelles sur un territoire occupé par les Innus depuis des millénaires. Il ne croit pas que ce type de développement puisse créer des emplois à long terme pour les autochtones.

Daniel Malec, directeur de la corporation de développement économique de Nutashkuan (Corporation ATIK), affirme que les Innus représentent 25 des 60 travailleurs forestiers qui coupent des arbres cette année dans la vallée de la Romaine. «On vise à ce qu'ils représentent la moitié du personnel», dit-il.

M. Genest-Jourdain croit que c'est illusoire. «Les expériences passées nous montrent qu'il y a toujours un fort roulement d'employés et des problèmes de rétention de la main-d'oeuvre, en raison de la dégradation du tissu social dans les communautés innues», dit-il.

Les chefs des Premières Nations formant l'Alliance stratégique innue, et représentant 70% des Innus du Québec, ont boycotté la présentation du Plan Nord par le premier ministre Jean Charest, le 9 mai dernier. Parmi eux, le chef d'Ekuanitshit (Mingan), communauté voisine de Rivière-Saint-Jean, où se trouve la scierie qui traitera le bois de la Romaine.

Le gouvernement québécois a négocié la Convention de la Baie-James avec les Cris, les Inuits et les Naskapis. Mais Hydro-Québec construit des barrages sur la Côte-Nord, alors qu'aucun traité n'a été conclu avec les Innus, a signalé l'Alliance.

«Les Innus n'ont jamais cédé leur territoire», a rappelé Ghislain Picard, chef de l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, dans une lettre ouverte à M. Charest.

Mais, contrairement aux Cris et aux Inuits, les Innus sont divisés. Le chef de Nutashkuan, François Bellefleur, a assisté à la présentation du Plan Nord. Président de la société en commandite Produits forestiers innus, il a déclaré: «Les projets réalisés avec la nature ne peuvent qu'être bénéfiques pour l'avancement des nôtres.» M. Bellefleur n'a pas répondu à nos appels.