Les assises annuelles de l'Union des municipalités du Québec, qui se déroulent depuis hier sous le signe de l'éthique, sont présentées en partenariat avec Dessau et Roche, deux firmes de génie-conseil visées par des enquêtes majeures de l'escouade Marteau. Une présence qui en indispose plusieurs, incluant des maires et le politicien Amir Khadir.

Mis à jour le 6 mai 2011
Fabrice de Pierrebourg LA PRESSE

Croisé dans les allées, le patron de la Sûreté du Québec et de la brigade Marteau, Richard Deschenes, a habilement esquivé le sujet d'un sourire amusé.

Mais le maire de Saint-Félicien exprime sans détour ce malaise palpable: «On a parlé de ça avec plusieurs autres maires, a dit Gilles Potvin. Même la présence de la firme Raymond Chabot Grant Thornton, c'est délicat, car ils ont des contrats avec des villes.»

Amir Khadir qui a plusieurs fois dénoncé au cours des derniers mois le rôle des firmes de génie-conseil dans le financement illégal des partis, est formel: «Pour se mettre à l'abri», l'UMQ aurait dû appliquer le «principe de précaution» cher aux médecins, et refuser l'association avec ces firmes, «en attendant que le système soit réformé».

Éric Forest, maire de Rimouski et président de l'UMQ, ne voit toutefois aucun problème éthique ou moral. «Ce n'est parce que je vais dans un cocktail commandité par une firme que je vais perdre mon âme. Mais on attend des élus qu'ils puissent développer des réseaux d'affaires pour contribuer au développement économique de leur milieu.»

Omniprésence

L'omniprésence des firmes en question saute aux yeux des visiteurs du congrès. Dessau, sa filiale LVM, et Roche sont partenaires. En échange de cette commandite, leurs logos apparaissent sur les documents du congrès et sur des bannières. Dessau et Groupe SM disposent aussi d'un stand. Enfin, Dessau, LVM Technisol et Dunton Rainville, firme très présente à Laval notamment, promettent de «gâter» les délégués de l'UMQ avec des produits de la mer à l'Aquarium de Québec ce soir. L'édifice est réservé pour eux. Ils n'ont qu'à embarquer dans une navette. «Une expérience inoubliable», est-il écrit dans le programme.

«Les élus doivent refuser d'y aller, on n'a pas besoin de cadeaux des entreprises», a confié Amir Khadir, avant de prononcer une allocution devant une salle qui s'est vidée du tiers à son arrivée.

En février dernier, les policiers de la SQ ont arrêté France Michaud, vice-présidente de Roche, lors d'une opération concernant la Ville de Boisbriand. Elle fait face à 13 chefs d'accusation, entre autres de corruption d'élus et de fonctionnaires. Roche est partenaire bronze des assises.

Enquêtes

En septembre 2010, les policiers de la SQ ont fait irruption dans les bureaux de Plania, filiale de Dessau, pour faire une perquisition. Cela dans le cadre de l'enquête sur le scandale du Faubourg Contrecoeur, à Montréal.

Dessau fait aussi l'objet d'une enquête pour le dossier des compteurs d'eau, à Montréal également, et celui des dépassements de coûts du Centre communautaire intergénérationnel (CCI) d'Outremont.

Talonné par les journalistes à ce sujet, Éric Forest a répliqué vivement: «On est dans une société de droit. Est-ce qu'il y a eu un jugement qui a été rendu? Ce sont des allégations. Êtes-vous en train de dire que Dessau sont des voleurs?»

Le maire de Saint-Félicien, Gilles Potvin, a cependant une solution. Bannir du congrès les sociétés privées qui ont l'habitude de faire des affaires avec les municipalités et les remplacer par des sociétés d'État comme Hydro-Québec.

Une manière, selon lui, de se mettre à l'abri de toute perception négative ou d'allégations de conflit d'intérêts. Avec, en prime, une occasion pour le gouvernement de redistribuer indirectement à la communauté l'argent des redevances d'exploitation des ressources naturelles, suggère-t-il.

«Ça peut être une excellente idée», a répliqué Éric Forest.

Il n'a pas été possible d'obtenir les commentaires du ministre des Affaires municipales, Laurent Lessard, sur cette polémique autour du dossier des commandites par les firmes de génie-conseil.