Assurant que sa décision n'a rien à voir avec le dénouement malheureux du conflit au Journal de Montréal, Claudette Carbonneau, présidente de la CSN, a annoncé vendredi, des sanglots dans la voix, qu'elle quitterait son poste en mai et ne solliciterait pas de nouveau mandat.

Louise Leduc LA PRESSE

Sitôt sa décision annoncée, Mme Carbonneau a reçu une chaleureuse ovation de ses camarades syndiqués, réunis en conseil confédéral au Palais des congrès.

En mai, au prochain congrès de la CSN, qui élira son successeur, Claudette Carbonneau aura 65 ans. C'est dans «l'intérêt du mouvement» qu'elle a choisi de se retirer, et parce qu'elle en avait assez, après neuf ans à la présidence et 35 ans de vie militante, d'avoir la tête «toujours pleine de toutes sortes de préoccupations».

«Ma décision n'a rien de précipité», a-t-elle dit, ajoutant qu'elle l'avait prise «en toute sérénité».

«Il vient un temps où il est temps de céder sa place.»

Bien sûr, le dernier mois a été difficile. Claudette Carbonneau a essuyé de vives critiques après que les syndiqués du Journal de Montréal eurent encaissé un dur revers, mais elle jure que son avenir ne s'est pas joué là-dessus.

Pas de politique

D'autres présidents qu'elle ont vécu de durs moments lors de conflits historiques - la grève de l'amiante, le conflit au Manoir Richelieu -, mais eux auront eu la chance, au moins, de les vivre «à mi-mandat plutôt qu'à la toute fin», a-t-elle dit en entrevue, encore plus étranglée par l'émotion.

Même si elle était décidée à partir, elle a quand même cru bon d'aller à Tout le monde en parle, dimanche, pour répéter que la CSN et elle-même n'avaient rien ménagé dans le lock-out au Journal de Montréal, que le rapport de force avait été miné par des décisions défavorables des tribunaux, par la désuétude de la loi anti-briseurs de grève et par le manque de volonté du gouvernement Charest de faire quoi que ce soit.

Elle tourne donc la page pour de bon. Pas de politique pour elle, pas de crochet en vue, a-t-elle dit, mais assurément l'envie de jouer finalement à la grand-mère auprès de ses deux petits-enfants et de voyager.

Ses plus grandes fiertés? Sa lutte pour les droits des travailleuses en garderie et le fait que la CSN ait créé le premier comité de la société civile pour la mise sur pied d'un régime d'assurance parentale.

Succession

Première femme à diriger la CSN, Mme Carbonneau y aura accompli trois mandats. Elle a avoué vendredi aux journalistes qu'elle avait été fortement surprise à l'époque non seulement d'avoir été portée à la tête du mouvement, mais de surcroît après un vote. Elle l'avait emporté en 2002 sur Marc Laviolette.

Dès vendredi, Louis Roy, premier vice-président à la CSN, a annoncé au micro son intention de succéder à Claudette Carbonneau. À ce jour, personne d'autre n'est sur les rangs.

L'heure est à la relève de la garde à la CSN. Outre Mme Carbonneau, Lise Poulin, secrétaire générale, a aussi annoncé son départ vendredi. Celui de Roger Valois, vice-président, était connu depuis le mois de décembre.