À l'occasion de la Semaine nationale de prévention du suicide, une bonne nouvelle, et le témoignage de deux personnes qui ont tenté de s'enlever la vie, qui ont survécu et qui disent: «Plus jamais.»

Louise Leduc LA PRESSE

La bonne nouvelle, la voici: le taux de suicide au Québec n'a jamais été aussi bas depuis 30 ans. L'an dernier, par exemple, 1068 personnes se sont enlevé la vie. En comparaison, en 1999, il y en avait eu 1620.

Mais surtout, les baisses sont constantes: depuis 10 ans, le taux de suicide a diminué en moyenne de 4% par année.

«Le suicide a diminué dans tous les groupes d'âge, mais particulièrement chez les jeunes», indique Brian Mishara, directeur du Centre de recherche et d'intervention sur le suicide et l'euthanasie de l'UQAM.

Cela dit, souligne-t-il, d'hier à aujourd'hui, contrairement à la croyance populaire, les jeunes ne sont pas les plus à risque. Le taux de suicide chez les moins de 19 ans est le plus bas de toutes les tranches d'âge.

Cependant, comme le suicide des jeunes est socialement plus choquant, note M. Mishara, les efforts de prévention ont été concentrés dans ce groupe, «alors que les hommes d'âge mûr sont beaucoup plus à risque».

C'est pour cette dernière catégorie de gens que le défi est le plus grand: «Les hommes sont quatre fois plus nombreux à se suicider, mais ce sont les femmes en crise qui appellent le plus les lignes d'aide téléphonique», fait observer M. Mishara.

Sait-on un peu mieux ce qui pousse quelqu'un à se suicider? «La plupart du temps, c'est un trouble mental -une dépression, une psychose, etc.»

Vient ensuite l'intoxication. «Avant de se suicider, la moitié des personnes avaient consommé de l'alcool ou des drogues, ce qui obscurcissait leur jugement.»

Autre facteur de risque important: le fait d'avoir une arme à feu à la maison, qui multiplie le risque par six, poursuit M. Mishara.

Cela se confirme dans le rapport La mortalité par suicide au Québec, de l'Institut national de santé publique du Québec. Les armes à feu ou les explosifs arrivent au deuxième rang des méthodes utilisées pour se suicider.

L'important, dit Brian Mishara, c'est de limiter l'accès aux moyens. D'où, par exemple, l'installation de barrières sur le pont Jacques-Cartier. «Si quelqu'un en situation de crise doit attendre avant de passer à l'acte, il y a de bonnes chances pour que, d'ici là, il ait trouvé de l'aide ou une autre solution», fait observer M. Mishara.

Il serait bon aussi, poursuit-il, de dire que le métro, ça ne marche pas: «Soixante-quinze pour cent des gens qui tentent de s'y suicider s'en tirent, mais gravement blessés.»

Les derniers moments

En 1999 et 2000, Michel Tousignant, professeur de psychologie à l'UQAM, a posé une question aux proches de 66 hommes qui s'étaient suicidés: que s'est-il passé dans les 12 semaines qui ont précédé le suicide? À La Presse, il avait résumé la chose ainsi: «La plupart de ces hommes n'étaient pas de beaux cas pour les thérapeutes: c'étaient, bien souvent, des hommes violents, avec des problèmes d'alcool ou de drogue et souvent aux prises avec la pègre.»

De ces 66 hommes, 10 étaient vendeurs de drogue; dans les mois qui ont précédé leur suicide, 9 avaient été menacés par des gens à qui ils devaient de l'argent; 26 avaient commis un acte grave au sens de la loi (un vol ou une agression, par exemple).

Leur vie amoureuse? Ardue. Dans les deux années précédant leur suicide, 70% de ces hommes avaient vécu une séparation temporaire ou permanente, ou avaient vu leur conjointe les aviser qu'elle était sur le point de partir. Huit d'entre eux s'étaient séparés dans les 24 heures qui avaient précédé le suicide.

Voilà pour les facteurs de risque. Les facteurs de protection à ne pas négliger? Brian Mishara insiste sur l'importance d'avoir un confident, un bon réseau social et de bons mécanismes d'adaptation pour surmonter les moments difficiles.