Le gouvernement commet une erreur en abandonnant le long formulaire obligatoire de recensement ce qui privera d'informations précieuses plusieurs sphères d'activités.

Mis à jour le 3 août 2010
Lise Millette LA PRESSE CANADIENNE

C'est ce que croit le statisticien Michel Saulnier, président de l'Association de la recherche et de l'intelligence marketing (ARIM). Selon lui, il s'agit d'une bévue stratégique fondamentale qui aura de multiples conséquences.

Pour étayer sa position, il cite les organismes qui puisent dans les données de recensement, les universités qui effectuent diverses recherches et les entreprises qui fondent certaines de leurs orientations d'affaires sur ces portraits régionaux et nationaux.

Lundi, des proches du gouvernement Harper ont laissé entendre que les chances d'en venir à un consensus sur le recensement sont minces, et qu'un compromis semble peu probable, parce que les conservateurs considèrent qu'ils ont déjà suffisamment cédé de terrain.

Ottawa allègue toujours que ce formulaire peut brimer la vie privée et souhaite lui substituer un questionnaire plus court et facultatif.

M. Saulnier s'inscrit en faux contre cette prétention. Après des années à suivre l'évolution de la société, il estime qu'il y aura désormais des plages vides et une absence de données.

«On fait ce recensement depuis des années, à travers le temps, on voit comment la société évolue et sans ces informations, qui seront perdues à jamais, il y aura des trous noirs», a indiqué M. Saulnier.

Le statisticien affirme que la fin du long questionnaire obligatoire, se traduira par des impacts économiques pour de nombreuses petites et moyennes entreprises qui n'ont pas les moyens de se payer des sondages et autres analyses.

«Plusieurs PME n'ont pas les moyens d'embaucher des consultants. N'ayant pas ces informations, certaines vont peut-être faire des erreurs d'introduction de nouveaux produits, de développement ou de pénétration de nouveaux marchés», a ajouté le président de l'ARIM.

Le manque d'informations sera plus significatif dans les régions à plus faible densité. Le passage à un formulaire facultatif diminuera forcément le taux de participation. Pour l'ensemble du pays, les conséquences seront moins importantes, mais les disparités régionales seront noyées et ne pourront plus se distinguer, croit Michel Saulnier.

«Le recensement est utile notamment quand on veut obtenir des données précises par ville ou par sous-régions pour lesquelles il n'y aura plus de portrait adéquat. Il restera la possibilité de mener des sondages, mais cette méthode n'est pas aussi détaillée», a-t-il affirmé.

Le week-end dernier, la Société statistique du Canada a initié un mouvement pour obtenir des appuis externes en lançant une pétition pour convaincre le gouvernement Harper de revenir sur sa décison.

De nombreux statisticiens du monde ont déjà exprimé leur solidarité. Un élan qui n'étonne pas M. Saulnier qui estime que le Canada s'apprête délibérément à engendrer une discontinuité de l'information dans le temps.