Et le meilleur premier ministre canadien depuis 1968 est... Pierre Elliott Trudeau, aussi bien au Québec qu'au Canada. Mais au Québec, preuve du souvenir très mitigé qu'il laisse ici, il arrive aussi au deuxième rang des moins estimés.

Mis à jour le 30 juin 2010
Louise Leduc LA PRESSE

C'est ce qui ressort d'un sondage Angus Reid réalisé à l'occasion de la fête du Canada.

Et le pire premier ministre depuis 1968 ? Au Canada, c'est Brian Mulroney que l'on a nommé le plus souvent (24%), alors que les Québécois, eux, ont massivement choisi Stephen Harper, à 23% (suivi de Pierre Elliott Trudeau, à 14%).

Jaideep Mukerji, vice-président d'Angus Reid, rappelle que, depuis sa retraite, Brian Mulroney a été très éclaboussé par l'affaire Karlheinz Schreiber (sans compter qu'il a été très sévèrement sanctionné par le rapport Oliphant). Selon M. Mukerji, la controverse a manifestement davantage terni l'image de Brian Mulroney ailleurs au Canada qu'ici, au Québec.

À l'échelle canadienne, Jean Chrétien arrive au deuxième rang des premiers ministres préférés depuis 1968.

À noter que les partisans bloquistes estiment que le pire premier ministre depuis 1968 est Stephen Harper, qui récolte cinq points de pourcentage de plus que Pierre Elliott Trudeau. Seulement 4% des bloquistes ont mentionné Brian Mulroney, qui est aussi le politicien qui avait voulu faire du Québec une société distincte.

On s'amusera aussi de voir que l'opinion qu'ont les Canadiens de Pierre Elliott Trudeau est très liée à leur sexe : au Canada, 18% des hommes ont dit qu'il avait été, depuis 1968, le pire premier ministre. Seulement 6% des femmes pensent de même.

Difficile, quand on a été ex-politicienne, de jouer au jeu du meilleur et du pire.

Interrogée sur ce sondage, Liza Frulla commencera par dire que tous ces gens-là ont été élus, qu'ils se sont trouvés au pouvoir en toute légitimité et que tous ont fait de leur mieux.

Mais lequel a-t-elle préféré ?

Puisque l'on exclut les Lester B. Pearson et tous ceux qui ont gouverné avant 1968, Mme Frulla dira en toute prudence que sa préférence irait aussi à Pierre Elliott Trudeau, «pour sa volonté de faire du Canada un pays bilingue».

Du côté des conservateurs, elle opte pour Brian Mulroney, «pour avoir réparé l'erreur de Pierre Elliott Trudeau, qui avait exclu le Québec du Canada (au moment du rapatriement de la Constitution)».

Pour ce qui est de Paul Martin et de Joe Clark, Mme Frulla note qu'il est regrettable qu'ils aient manqué de temps, qu'ils étaient tous deux des personnes de valeur.

Sheila Copps croit aussi que, du côté des conservateurs, Joe Clark a été très sous-estimé. «Il avait une bonne compréhension du pays», dit-elle.

À son avis, Brian Mulroney souffre peut-être, dans le sondage, du fait qu'il est encore vivant ! «Il a fait de bonnes choses, le libre-échange, notamment.»

Chez les libéraux, Mme Copps croit que Jean Chrétien est aussi sous-estimé.

Les symboles forts

Et les valeurs canadiennes ? Les Québécois (à 69%) et les Canadiens dans leur ensemble (à 88%) sont d'abord fiers du drapeau, puis du hockey et des Forces armées. Le système de soins de santé arrive au quatrième rang au Québec et partout au Canada mais, comme le fait remarquer le sondeur Jaideep Mukerji, c'est l'aspect qui a le plus gagné en popularité depuis l'année précédente (en hausse de 11%). «C'est peut-être parce que le système de santé public a fait l'objet d'un grand débat aux États-Unis», avance-t-il.

Sans surprise, quand on a entre 18 et 34 ans, on est beaucoup moins fier des Forces armées (à l'échelle canadienne) que quand on a 55 ans et plus. Seulement 72% des jeunes se disent particulièrement fiers de nos militaires, alors que le pourcentage monte à 85% chez les plus vieux.

Ed Broadbent, qui a dirigé le Nouveau Parti démocratique de 1975 à 1989, répond d'emblée, lui, que ce qui le rend le plus fier, c'est l'attachement des Canadiens aux droits sociaux (idem pour Sheila Copps).

«Après avoir passé les trois derniers hivers en Angleterre, j'ajouterais que ce qui nous démarque, c'est aussi notre tolérance. Ce n'est vraiment qu'une minorité de gens, ici, qui sont racistes. Nous sommes ouverts à la diversité, de façon générale, à l'égard des immigrés aussi bien qu'à l'égard des gais et des lesbiennes.»

Enfin, personne ne s'étonnera de ce que les Québécois soient, à 79%, ceux qui se sentent le plus différents des autres Canadiens (48% à l'échelle nationale).

Enfin, encore là sans surprise, quand il s'agit de se définir, les Québécois sont ceux qui s'identifient le plus à leur province. À l'échelle nationale, quand les Canadiens rencontrent quelqu'un pour la première fois, ils diront à 72% qu'ils sont canadiens et ne se définiront comme albertains ou manitobains qu'à 28%. Au Québec, 68% se diront d'abord québécois.