Un groupe de 55 personnes, parmi lesquelles le ténor Marc Hervieux, l'ex-député Daniel Turp et l'ancien maire de Québec Jean-Paul L'Allier, a signé un manifeste dévoilé hier pour sauver le patrimoine religieux du Québec. Le groupe demande au premier ministre du Québec de nationaliser les plus belles églises de la province.

Mis à jour le 9 juin 2010
Anabelle Nicoud LA PRESSE

La situation est urgente, croit Daniel Turp, ex-député de Mercier, qui a rencontré les journalistes hier sur le parvis de l'église du Très-Saint-Nom-de-Jésus, à Montréal. «Il n'est pas minuit moins le quart, il est minuit et quart», a dit le député péquiste.

Au coeur des préoccupations des signataires, le sort de l'orgue de cette église, fermée depuis l'automne dernier. Installé dans l'église en 1915, l'orgue des frères Casavant pourrait être vendu à la cathédrale de Toronto, au grand dam des organistes montréalais et des défenseurs du patrimoine.

«Ce que l'on demande, c'est que le gouvernement du Québec se saisisse dans son ensemble de cette question de la nation», dit Antoine Leduc, avocat et organiste, instigateur du manifeste.

Les signataires voudraient que le gouvernement de Jean Charest décrète un moratoire d'un an sur la vente des lieux de culte, qu'il forme un comité d'experts chargés de désigner les lieux de culte à conserver et qu'il les nationalise. Enfin, le Québec devrait aussi, selon le manifeste, se doter d'une meilleure politique du patrimoine culturel.

La ministre de la Culture, Christine St-Pierre, rappelle pour sa part que plusieurs mécanismes existent déjà pour préserver ou accompagner le changement de vocation des églises.

«L'église (Très-Saint-Nom-de-Jésus) n'appartient pas au Ministère mais à l'archevêché. On n'en est pas propriétaire et le gouvernement du Québec n'est pas dans le business d'acheter des églises. Il y en a 6800 au Québec! Oui, je suis sensible à ce que ces gens-là me disent. S'ils ont un projet de nouvelle vocation, on peut l'analyser, mais le gouvernement ne paiera pas 100%.»

«On s'entend pour dire que tout ne peut et ne doit pas être préservé. Il faut toujours se rappeler que la collectivité a beaucoup investi dans les églises par la dîme, par les taxes et par les subventions. C'est ce qui justifie un rôle de l'État», explique Daniel Turp. «On ne baissera pas les bras, dit Antoine Leduc. Mais c'est un cri du coeur qu'on lance pour interpeller la société québécoise.»