Les températures estivales des derniers jours ont accéléré le bourgeonnement des plantes et des arbres. Les pomiculteurs craignent que leur récolte n'en soit touchée.

Mis à jour le 5 avr. 2010
Catherine Handfield LA PRESSE

«S'il y a un gel à la fin avril, la production de cette année pourrait être compromise», estime Philippe Quinn, copropriétaire de la ferme Quinn, à L'Île-Perrot.

 

Comme plusieurs pomiculteurs québécois, M. Quinn a eu toute une surprise ce week-end en constatant que les bourgeons de ses arbres ont commencé à s'ouvrir. C'est trois semaines plus tôt que d'habitude, souligne-t-il. Du jamais vu.

À ce rythme, les pommiers devraient fleurir au début du mois de mai, selon M. Quinn. Or, il n'est pas rare que le mercure descende au-dessous de zéro à cette période de l'année.

«Les bourgeons qui gèlent peuvent repousser, mais les fleurs, elles, ne repoussent pas, souligne Philippe Quinn. Pas de fleurs, pas de pommes...»

Nelson McArthur, propriétaire d'un verger à Rougemont, est lui aussi inquiet pour sa récolte. En 50 ans, ce producteur n'a jamais vu ses arbres verdir aussi tôt dans la saison.

«Une période de froid au cours du mois d'avril pourrait également toucher les bourgeons, ce qui risque d'affaiblir les fleurs et ainsi diminuer la production», dit-il.

Les plants de framboises et de bleuets risquent également de souffrir du froid, estime Philippe Quinn.

Et les insectes?

Le bourgeonnement hâtif des arbres fruitiers pourrait entraîner un deuxième problème, selon Danielle Donnelly, professeure au département des sciences végétales de l'Université McGill. Si la floraison survient trois semaines plus tôt, il n'est pas certain que les insectes seront au rendez-vous, dit-elle.

«Tous les fruits qui poussent au Québec ont besoin d'insectes pour assurer leur pollinisation, explique Mme Donnelly. Si les fleurs sont prêtes plus tôt, les insectes le seront-ils aussi? C'est une grande question.»

Heureusement, souligne la professeure, les producteurs peuvent faire appel à des entreprises qui fournissent des abeilles pour assurer la pollinisation de leurs champs.

À l'instar des arbres fruitiers, les érables, les chênes et les autres espèces que l'on trouve en ville pourraient aussi fleurir plus tôt, indique Danielle Donnelly.

«Si la pollinisation est touchée, ce n'est pas un grand problème: la majorité des gens ne le remarqueront pas. Il y aura seulement moins de mousses dans la rue!»

Les températures élevées des derniers jours ont provoqué la floraison des tulipes et des crocus. Au Jardin botanique, hier, les visiteurs ont pu admirer les premières tulipes rouges, qui éclosent habituellement vers la fin du mois d'avril.

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Pas de gel

Les producteurs de fruits peuvent souffler: Environnement Canada ne prévoit aucun gel cette semaine. Jusqu'à dimanche, les météorologues prédisent du temps pluvieux avec des maximum de 11 à 17ºC. Soulignons que le sud du Québec a enregistré des records de température pendant le week-end de Pâques. Vendredi et samedi, le mercure a grimpé à 25ºC à Montréal. C'est près de 20ºC au-dessus des normales de saison.