Le Canada, «terre de nos aïeux», va changer de visage dans les prochaines décennies. En 2031, il sera composé à près de 28% de personnes nées à l'étranger. À Montréal, dans 25 ans, 31% des citoyens feront partie de minorités visibles, alors qu'on ne pourra carrément plus parler de «minorités» à Vancouver et à Toronto, où les gens de couleur représenteront respectivement 63% et 59% de la population.

Louise Leduc LA PRESSE

C'est ce qui ressort d'une étude de Statistique Canada publiée hier sur les projections de la diversité de la population canadienne.Le Canada sera de plus en plus multiculturel et ne sera pas unique en cela: en 2008, les projections américaines prévoyaient que les Blancs ne seraient plus majoritaires en 2042.

Comme le fait remarquer le démographe André Lebel, coauteur de l'étude, il deviendra de moins en moins pertinent de demander d'où elle vient à une personne de couleur «dans la mesure où de plus en plus de personnes des minorités visibles seront nées au pays», fait-il remarquer.

«Le Canada est l'un des pays qui ont la plus forte proportion de personnes nées à l'étranger. À ce chapitre, on se compare à l'Australie et à la Nouvelle-Zélande», poursuit M. Lebel.

Comme c'est le cas actuellement, les minorités visibles, dans un quart de siècle, préféreront vivre en ville. Pas moins de 70% vivront à Montréal, à Toronto ou à Vancouver.

En quoi Montréal se distinguera-t-il? Dans 25 ans, Montréal sera encore nettement moins multiethnique que Toronto, et les visages y seront autres. «À Vancouver, les minorités visibles seront surtout chinoises; à Toronto, ce sera surtout des gens issus de l'Asie du Sud; à Montréal, les Noirs seront rattrapés par les Arabes», relève M. Lebel.

Au plan religieux, selon Statistique Canada, le pourcentage de personnes de foi chrétienne, de 75% qu'il était au recensement de 2006, passera à environ 65% en 2031. Chez les non-chrétiens, environ la moitié sera de confession musulmane en 2031, par rapport aux 35% notés en 2006.

Jean Lafontant, professeur associé au département de sociologie de l'UQAM, rappelle que ce qui caractérise aujourd'hui la terre d'immigration qu'est devenu le Canada, c'est l'éventail des pays d'origine de ses citoyens. «Jusqu'au milieu du XXe siècle, les immigrants venaient surtout d'Europe. C'est depuis le recensement de 1971 que l'on a vu arriver des gens de pays autres, de minorités visibles.»

Si elle a beaucoup changé, l'immigration demeure «choisie», note M. Lafontant: «Elle était choisie au siècle dernier par l'imposition d'une taxe très élevée qui gardait les Chinois hors du pays et par toutes sortes de stratégies par lesquelles on empêchait les bateaux d'arriver.»

Aujourd'hui, on choisit toujours les immigrants, mais en fonction de critères bien différents. «De nos jours, on choisit les immigrants en fonction de leurs études, de leur expérience professionnelle, de leur langue, etc.»

Les prédictions de Statistique Canada, évidemment, rappellent à quel point la question des accommodements raisonnables est centrale. En discutera-t-on encore en 2031? «On peut difficilement être plus dedans que maintenant!» lance M. Lafontant.

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EN 2031

4x

La population du Canada née à l'étranger pourrait augmenter environ quatre fois plus rapidement que le reste de la population.

46%

Proportion des Canadiens de 15 ans et plus qui seront nés à l'étranger ou qui auront au moins un parent né à l'étranger.

31%

Proportion de la population de Montréal qui sera composée de personnes de minorités visibles (63% à Toronto).

En 2031, de 25% à 28% de la population canadienne pourrait être née à l'étranger.

3x

La population des Arabes et des Asiatiques occidentaux pourrait plus que tripler au Canada, ce qui correspondrait à la croissance la plus rapide parmi l'ensemble des groupes.

16%

Proportion de la population de la région de Montréal qui pourrait être de confession religieuse autre que chrétienne en 2031.

Environ le tiers de la population de Vancouver pourrait se déclarer sans confession religieuse en 2031.