Julie Couillard n'avait pas dit son dernier mot. Dans son autobiographie qui paraîtra le 6 octobre et que La Presse a obtenue, elle plonge sa plume dans le vitriol et brosse un portrait impitoyable de l'ex-ministre des Affaires étrangères Maxime Bernier. «Ragots et folies», rétorque le principal intéressé

Mis à jour le 3 oct. 2008
Denis Lessard LA PRESSE

L'ancien ministre des Affaires étrangères, Maxime Bernier, est «un grand benêt» infatué et narcissique, un incorrigible coureur de jupons qui, en privé, exprimait sans gêne son mépris à l'endroit de son patron, Stephen Harper, et de ses électeurs beaucerons.

Julie Couillard a plongé sa plume dans le vitriol pour raconter cet épisode de son existence tumultueuse où elle a connu de près le monde politique à Ottawa, en tant que conjointe de Maxime Bernier. La jeune femme, catapultée à l'avant-scène le printemps dernier quand ses relations passées avec le monde interlope étaient devenue publiques, règle désormais ses comptes dans son autobiographie, Mon histoire, un ouvrage de 300 pages, en vente dès le 6 octobre.

La Presse a obtenu l'ouvrage dont le lancement a déjà été devancé à deux reprises par Les Éditions de l'Homme. Déjà dans les cercles conservateurs à Montréal, certaines des révélations de Mme Couillard circulaient, venues d'indiscrétions d'anciens proches de Brian Mulroney. Elles s'avèrent fondées.

Un souverainiste

Ainsi, Maxime Bernier, ministre fédéral, soutenait que la «l'indépendance du Québec était une chose inévitable et qu'il s'y préparait», soutient Mme Couillard. Elle précise même qu'au Café Feirrera, le 17 avril 2008, M. Bernier, ancien conseiller du péquiste Bernard Landry, avait laissé pantois les clients des tables voisines en banalisant l'impact de la séparation du Québec.

La souveraineté «ça ne me fait pas peur du tout, c'est vers ça qu'on s'en va c'est évident. Et moi je n'ai pas de problèmes avec ça. Je suis prêt. J'attends ça», avait soutenu Maxime Bernier.

L'ouvrage confirme aussi que Maxime Bernier était carrément opposé à la guerre en Irak, qu'il était contre la participation du Canada aux opérations en Afghanistan, il était «personnellement contre l'envoi de troupes canadiennes dans ce pays () Il me l'a dit à plusieurs reprises».

Julie Couillard décrit, avec un désir de vengeance évident, un Maxime Bernier, faible, fuyant et superficiel tout à l'inverse du politicien flamboyant de l'époque.

Pour elle, le ministre beauceron manquait carrément de loyauté envers Stephen Harper, un politicien qu'elle a pu rencontrer et qu'elle a trouvé au contraire tout à fait «pertinent», «très calme, très posé, et aussi très drôle».

Harper, buveur de Pepsi

Maxime Bernier, «quand il était seul en ma présence, il n'arrêtait pas de parler contre son chef. Il lui reprochait toutes sorte (de) choses qui très souvent n'avaient rien à voir avec ses compétences de premier ministre; il était gros, il avait une bedaine, il n'était pas en forme, il passait son temps à boire du Pepsi», écrit Couillard. Maxime Bernier évoquait ses rencontres avec le premier ministre du Canada: «dans tous ses meetings il est toujours là avec ses grosses bouteilles de Pepsi. Il mange mal, il n'est même pas foutu de prendre soin de lui. Il pourrait au moins boire de l'eau», se rappelle Julie Couillard.

Selon elle, M. Bernier songeait même remplacer un jour Stephen Harper à la tête des conservateurs, misant sur l'alternance entre anglophone et francophone à la tête des partis fédéraux. «Il s'imaginait parfaitement sous les traits du prochain chef du Parti conservateur.» À un moment, il a même pensé que Stephen Harper ne pourrait terminer son premier mandat et avait commencé «à glaner des appuis un peu partout dans les cercles conservateurs», écrit Couillard.

Pour ce fils de la Beauce, la politique se ramenait souvent à «une affaire de charme», «il donnait fréquemment aux gens l'impression qu'il était d'accord avec eux plutôt que de leur exprimer ouvertement son désaccord». Mais, ce «désir de plaire se conjuguait souvent avec une certaine condescendance, voire du mépris pour ses interlocuteurs et même les gens qui le soutenaient», se souvient Couillard.

Électeurs «méprisés»

Ainsi, dans une épluchette de blé d'Inde en Beauce, le couple Bernier-Couillard traversait la foule des électeurs: «Pendant qu'il distribuait les sourires il se penchait vers moi et mine de rien me soufflait à l'oreille des réflexions méprisantes sur ses électeurs».

Comme elle l'avait fait dans le cadre d'entrevues accordées à LCN, Mme Couillard insiste: en dépit de ses prétentions, Maxime Bernier savait tout de son passé, de ses anciennes relations avec deux motards criminels - dont l'un est mort criblé de balles.

Elle revient aussi sur sa conviction que sa résidence de Laval avait été mise sous écoute. Elle laisse même entendre que Maxime Bernier n'y était pas étranger - dans leurs dernières conversations téléphoniques, il tentait constamment de savoir si elle était chez elle.

Pour Julie Couillard, Maxime Bernier était «un homme plutôt imbu de lui-même et très superficiel» qui semblait totalement inconscient de la rigueur qu'exigeait son poste. Il démontrait «une paresse intellectuelle étonnante». Il s'est retrouvé à couteaux tirés avec le cabinet du premier ministre Harper. Il se plaignait de ne jamais pouvoir parler à M. Harper, «que c'était une sorte de dictateur qui voulait tout contrôler».

Secrets «aux vidanges»

À la télévision, Julie Couillard avait abordé du bout des lèvres l'anecdote des «documents secrets» qui, croyait-on avaient été oubliés par le ministre au domicile de sa conjointe, à Laval. En fait, si on en croit Julie Couillard, il n'y a jamais eu d'oubli, encore moins de «vol», une thèse qu'a tenté d'alimenter le gouvernement Harper.

Détestant l'informatique, sans ordinateur portable, Bernier traînait constamment des montagnes de documents confidentiels. Pressé, un matin, faisant le ménage de son porte-documents, il a déposé une liasse de papiers sur le comptoir de cuisine de Julie Couillard: «Pourrais-tu mettre ça aux vidanges pour moi?». Puis il précisa: «J'aimerais mieux que tu attendes la journée des vidanges pour le faire, ce sont quand même des documents confidentiels».

Les documents restèrent plusieurs jours, oubliés sur le comptoir. Julie Couillard les retrouva subitement dans une pile de journaux; l'affaire avait éclaté dans les médias, et Gilles Duceppe demandait à la cantonade si Julie Couillard aurait eu accès à des documents confidentiels. Les trois documents portaient sur le Sommet de l'OTAN à Bucarest, deux étaient identifiés «secret» et l'autre était destiné au premier ministre Harper. «Là, ma réaction spontanée a été de me dire: l'imbécile heureux, pourquoi il a laissé ça dans ma maison?»

Mme Couillard s'étend sur d'autres révélations qu'elle n'avait fait qu'effleurer à la télé, notamment l'existence d'un «contrat» entre elle et Bernier. Il lui avait expliqué que comme ministre il n'était pas de bon ton que, publiquement, il change trop fréquemment de conjointe. Ils avaient convenu de maintenir leurs rapports, en public, pendant un an au moins, quoi qu'il advienne. Mme Couillard se souvient que M. Bernier était bien satisfait de l'arrangement, «une bonne affaire. Ça va faire taire les rumeurs». Le ministre Bernier était l'ami d'un ministre ouvertement gay du cabinet Harper: «Sur la colline (parlementaire) il y en a qui disent que je suis gay. Là ils vont voir que j'ai une blonde, ils vont arrêter», avait-il soutenu.

Amorcée en mai 2007, leur véritable relation s'est terminée à la mi-décembre, «à partir de ce moment-là je n'ai plus été () que le bibelot qu'il exhibait pour faire taire les rumeurs», écrit Mme Couillard. «Ma grande crisse», c'était la formule «affectueuse» qu'il employait de «temps à autre à mon égard», écrit-elle.

Un coureur de jupons

En fait, Maxime Bernier était plutôt volage, un incorrigible Don Juan. «C'est le plus grand coureur de jupons que j'ai jamais connu», résume Julie Couillard, parlant «d'un besoin maladif de séduire». «Je me suis souvent demandé si le cerveau de cet homme-là ne baignait pas dans la testostérone», écrit-elle.

À Paris, à une réception intime chez l'ambassadeur Marc Lortie, Bernier frôle le précipice: Julie Couillard le surprend dans une alcôve, tentant d'enlacer une ancienne flamme, une autre convive, devenue l'épouse d'un avocat oeuvrant sur la scène internationale.

À la même réception: «J'ai entendu mon grand benêt me crier: Julie vient ici! Comme s'il appelait son chien au fond d'une ruelle», écrit, incisive Mme Couillard. Ce soir-là, un autre impair fut, lui, plus évident: Maxime Bernier remercia le flegmatique ambassadeur Lortie, «au nom du gouvernement du Québec» !

Mme Couillard s'étend longuement sur un conflit entre elle et une employée politique de M. Bernier, qui, selon elle, tentait constamment de la laisser à l'écart.

World ou word

Les fonctions de son conjoint l'ont amenée dans l'antichambre de l'ONU à New York, d'où elle ramène des anecdotes croustillantes. Maxime Bernier, comme chef de la diplomatie canadienne, devait y faire un discours important sur l'engagement du Canada au Moyen-Orient. Son anglais était si approximatif qu'il avait réclamé en vain que les Affaires étrangères remplacent dans son texte les mots qu'il avait peine à prononcer. Des mots élémentaires pour le représentant d'une puissance du G-8, «il butait constamment sur le mot world, escamotant le l' et prononçant word, ce qui fout mal pour un ministre des Affaires étrangères», raconte, narquoise, Mme Couillard. Il réussit à livrer son discours après toute une nuit de répétition avec Julie Couillard.

Elle ne parle pas de la nomination obtenue par sa mère, Diane Bellemarre, un poste obtenu par l'entremise du ministre Michael Fortier. En revanche elle raconte que Maxime Bernier l'avait incitée directement à postuler comme commissaire à l'Immigration. Il avait transmis le dossier à sa collègue, Diane Finley, titulaire de ce ministère. Un prétexte pour une rupture selon elle: à ce moment Maxime Bernier lui a fait valoir qu'il ne pouvait être vu avec quelqu'un qui «postule une job au gouvernement».