François Deraspe respire un peu mieux ce matin. Le citoyen de Salaberry-de-Valleyfield pourra représenter toutes les personnes qui ont souffert de problèmes respiratoires dans la soirée du 9 août 2004 dans un recours collectif qui est considéré comme «le plus important en matière environnementale de l'histoire du Canada». La Cour supérieure du Québec a autorisé, mardi, le recours qui pourrait coûter jusqu'à 900 millions de dollars à l'entreprise Xstrata.

Mis à jour le 21 mars 2012
Émilie Bilodeau LA PRESSE

Ce soir-là, une pompe de Zinc électrolytique du Canada (CEZinc), une société rachetée par Xstrata depuis, tombe en panne. Un rapport d'Environnement Canada révèle que 10 tonnes de soufre ont été rejetées directement dans l'atmosphère au lieu d'être pompées dans des réservoirs d'acide sulfurique.

Cette matière dangereuse se transforme pourtant en particules d'acide sulfurique au contact de l'air et se déplace avec le vent pendant des heures.

«Nuage blanc»

M. Deraspe se souvient bien de cette chaude soirée du mois d'août. «À un moment donné, j'ai vu comme un nuage blanc s'en venir, comme un brouillard soudain. Ça sentait le soufre, une odeur très concentrée. Et quand le nuage est arrivé, j'étais dehors et je me suis mis à tousser», raconte-t-il.

«J'ai appelé le 911 et je toussais tous les deux mots. J'avais les yeux et la bouche qui brûlaient et qui étaient irrités», ajoute-t-il.

Jean-Luc Génier et sa famille ont également été incommodés par ce brouillard. «C'était une soirée magnifique du mois d'août. Les fenêtres étaient toutes ouvertes. On avait soupé et on buvait le digestif dehors. Tout à coup, j'ai senti qu'il y avait quelque chose dans l'air qui n'était pas normal», se rappelle-t-il.

M. Génier déplore la négligence de l'entreprise le soir de l'accident. Au lieu d'arrêter les activités de l'usine au moment où la fuite a été décelée, les employés ont mis une vingtaine de minutes à tenter de réparer la pompe, indique le rapport d'Environnement Canada. Zinc électrolytique du Canada n'a pas non plus avisé les services d'urgence qui auraient pu déployer un plan et demander aux résidants de rester à l'intérieur de leur maison et de fermer les portes et fenêtres, par exemple.

«Ils nous ont gazés et ce n'est pas vrai que de grosses entreprises comme ça peuvent laisser aller une fuite toxique sans prévenir le monde, même pas les pompiers», déclare M. Génier.

Le nuage toxique a été transporté par la brise jusqu'à Montréal. Salaberry-de-Valleyfield, Saint-Timothée, Melocheville, L'Île-Perrot, Beaconsfield, Dorval, Lachine, Pierrefonds et Kirkland ont tous été exposés à la partie toxique du nuage. Une quinzaine d'autres arrondissements et municipalités, tous situés dans l'île, pourraient d'ailleurs s'ajouter au recours.

Les personnes qui ont eu la peau, les yeux, la gorge ou les voies respiratoires irrités ou encore celles qui ont éprouvé des problèmes respiratoires le 9 août 2004 pourront être incluses dans le recours collectif.

La poursuite réclamera à Xstrata de 10 000$ à 15 000$ pour chaque membre du recours.