Un nouvel acteur est entré en scène, hier, dans l'affaire de l'interception de messages BlackBerry liés au meurtre du mafieux Salvatore Montagna : la GRC. C'est elle qui a fourni à la Sûreté du Québec les messages incriminants. Mais elle n'a pas l'intention de dévoiler ses secrets.

Mis à jour le 6 janv. 2012
Vincent Larouche LA PRESSE

La Presse a révélé jeudi que c'est grâce à l'interception de messages envoyés sur le système BlackBerry Messenger, réputé inviolable, que la police a pu arrêter et accuser Raynald Desjardins, Vittorio Mirarchi, Jack Simpson et Felice Racaniello du meurtre de Montagna, ancien chef par intérim de la famille mafieuse Bonanno de New York.

L'annonce de l'interception de ces messages a surpris les accusés, qui croyaient la chose impossible. La réputation des téléphones BlackBerry s'est bâtie notamment sur la fiabilité de leur système de cryptage, et plusieurs criminels ne jurent que par le petit appareil de Research In Motion.

« C'est une première ; à ma connaissance, ça ne se faisait pas. Le FBI n'était pas capable de faire ça, le printemps dernier, à ce que je sache. Peut-être que la GRC et le FBI ont cheminé depuis ? », a dit Me Jacques Olivier, le représentant de deux accusés, au nom des avocats de la défense.

Car ce n'est pas la Sûreté du Québec, chargée de l'enquête sur la mort de Montagna, qui a obtenu les fameux messages : c'est plutôt la GRC qui lui a fourni cette pièce essentielle du casse-tête. La GRC n'enquête pas sur les meurtres, au Québec, mais elle a le mandat de s'attaquer au crime organisé italien par des enquêtes de longue haleine.

Des questions

Comment les agents de la GRC en sont-ils arrivés à épier les messages BlackBerry des suspects ? Que cherchaient-ils ? Comment ont-ils procédé ? C'est ce que la défense cherche maintenant à savoir.

« Possiblement que ç'a été autorisé par un mandat d'écoute électronique. Je veux savoir en vertu de quoi ç'a été fait. La question est surtout de savoir si le juge avait assez d'information pour le permettre et, si oui, de quelle façon il l'a permis et de quelle façon ç'a été interprété ensuite », explique Me Olivier.

Les réponses aux questions de la défense se trouvent dans les mandats d'écoute électronique et les documents remplis par les policiers de la GRC pour les justifier. Mais ceux-ci demeurent sous scellés au palais de justice en raison de leur contenu délicat. Jusqu'à hier, même le procureur de la Couronne chargé du dossier de meurtre, Me Éric Côté, n'en avait pas pris connaissance.

Au palais de justice de Joliette, hier, les deux parties n'ont pas réussi à s'entendre sur les éléments de preuve qui peuvent être transmis aux accusés. Le tribunal entendra la question mercredi prochain.

Et la poursuite entend tout faire pour garder confidentiels les détails de l'interception des communications électroniques.

Déjà, hier, le Directeur des poursuites criminelles et pénales du Québec avait dépêché à Joliette un procureur de la Couronne fédérale, Me Yvan Poulin, qui travaille avec la GRC dans les dossiers liés à la mafia. Il avait notamment agi à titre de procureur dans l'opération Colisée, qui avait mené à l'emprisonnement des têtes dirigeantes du clan Rizzuto.

Me Poulin a expliqué à la Cour qu'il serait chargé de plaider pour empêcher la divulgation des mandats d'écoute électronique. Il a d'ores et déjà annoncé qu'il ferait objection aux questions des avocats de la défense à ce sujet.

Quant aux mandats de perquisition délivrés grâce à la preuve d'écoute électronique, le procureur chargé du dossier de meurtre est d'accord pour les transmettre à la défense, mais il a expliqué que « des partenaires », c'est-à-dire la GRC, voulaient d'abord les examiner pour y censurer toute information confidentielle.

Rappelons que le mafieux Salvatore Montagna a été assassiné à Charlemagne le 24 novembre dernier. Selon la Couronne, les accusés ont commencé à planifier son meurtre le 16 septembre. Ce jour-là, Raynald Desjardins avait été la cible d'un attentat raté à Laval.

- Avec la collaboration d'André Noël