Bianca Rojas-Latraverse veut retourner aux études, peut-être dans le domaine du droit. Anthony Bourque, lui, vise le commerce international. Et John Stephen Clark Lemay souhaite terminer un roman de 8000 pages.

David Santerre LA PRESSE

Accusés d'avoir préparé l'agression dont a été victime le champion de poker Jonathan Duhamel le 21 décembre, les trois jeunes gens ont fait valoir leurs projets d'avenir pour tenter de convaincre le juge Pierre Bélisle de les libérer d'ici leur procès, hier, lors de la deuxième journée de l'enquête sur leur mise en liberté, au palais de justice de Longueuil.

Bianca Rojas-Latraverse, ex-copine de Duhamel, a ouvert le bal. Celle que ses anciens amis décrivent comme ayant un penchant pour la fabulation a livré un témoignage évasif sur sa vie.

Âgée de 20 ans, elle a terminé son secondaire à 18 ans. Elle admet que, depuis, elle a « fait du ski l'hiver et fait du surplace le reste du temps ».

«Depuis septembre, je joue au poker, au Casino de Montréal ou sur la réserve indienne. Ça me rapporte assez pour vivre», a-t-elle dit.

Comme elle vit chez divers amis depuis quelque temps, elle prévoit, si elle est libérée, demeurer avec un proche. Ce dernier, qui a témoigné, a avoué qu'il ne sait presque rien de celle qu'il hébergerait.

Questionné par la procureure de la Couronne Me Nancy Delorme, il a été incapable de dire si la jeune femme étudie, travaille ou fréquente quelqu'un ni où elle a passé ses nuits dans les derniers mois.

Bianca Rojas-Latraverse affirme avoir récemment fait des démarches auprès d'une école pour filles aux États-Unis, sans trop savoir ce qu'elle y étudierait ni combien cela coûterait, mais elle promet de tenter un retour aux études si elle est libérée.

«Quel domaine vous intéresse?», lui a demandé le juge.

- Le droit», a-t-elle répondu, ce qui a fait sourire un peu tout le monde dans la salle d'audience.

Anthony Bourque, 20 ans, a dit détenir une attestation d'études collégiales en commerce international du Collège O'Sullivan et vouloir poursuivre dans ce domaine à l'université, quand il aura 21 ans. Entre-temps, il prévoit aller vivre chez son père, dans Côte-des-Neiges, et continuer de travailler comme déneigeur à Pointe-Claire, où il compte se rendre en autobus, avec ses pelles.

Le témoignage le plus rocambolesque, pour reprendre les mots du juge, a été celui de John Stephen Clark Lemay.

Il a affirmé être «erronément» accusé de ce crime. Le juge l'a mis en garde contre le risque d'aller plus loin à cette étape, ce qui aurait ouvert la porte à des questions de la Couronne.

Il a quitté le collège John Abbott en 2009, sans diplôme. Depuis, il décrit ses journées comme suit : «Je vais au gym faire de la boxe pendant deux heures, je fais des poids, de la natation, après je jase avec les filles du gym. Après, je bois beaucoup et je chasse les filles», a-t-il décrit devant un juge amusé.

À travers tout cela, il jure qu'il est, depuis cinq ans, en train d'écrire un roman de 8000 pages. «C'en sont 8000 bonnes. J'en ai jeté plus que ça», a-t-il précisé.

Il tentera éventuellement de le faire publier.

Il a déjà été condamné pour conduite avec les facultés affaiblies et pour manquement à ses conditions.

Il prévoit aller vivre chez une tante à Pointe Saint-Charles, mais celle-ci ne s'est pas présentée à la cour pour donner au juge les garanties qu'il aimerait bien avoir pour accepter de libérer le jeune homme.

Corde jaune et ruban adhésif

Plus tôt dans la journée, l'enquêteur de la police de Longueuil Jean-François Lapolice a terminé son témoignage en disant que, lors d'une perquisition chez Bourque, on a trouvé de la corde jaune similaire à celle avec laquelle Duhamel avait été ligoté. On a aussi trouvé du ruban adhésif en toile, et Jonathan Duhamel a affirmé qu'on l'avait également attaché avec un tel ruban.

Enfin, l'ami chez qui vivait Clark Lemay en décembre a remis aux policiers un sac de vêtements lui appartenant, dans lequel se trouvait un jean taché d'une substance brunâtre «de la mi-cuisse à la cheville», selon M. Lapolice. Le jean a été envoyé au Laboratoire de science judiciaire et de médecine légale pour analyse.

L'enquête se poursuit vendredi.