Une Mexicaine joue sa dernière carte pour éviter son expulsion, prévue demain matin. Paola Ortiz est mère de deux enfants nés ici, elle est mariée au Canada et a même été sélectionnée par le Québec pour s'établir ici. Mais cela pourrait ne pas suffire à éviter son renvoi au Mexique, où, craint-elle, ses jours sont menacés.

Anabelle Nicoud LA PRESSE

«S'il vous plaît, aidez-moi à rester au Canada. Je ne suis pas une criminelle, je mérite de vivre sans menace et sans violence». Devant la cour fédérale de Montréal, Paola Ortiz, 36 ans, abat ses dernières cartes. Dans quelques heures, elle devra se rendre à l'aéroport de Montréal pour retourner vers son pays natal. Sauf si la Cour accepte sa demande de révision pour un sursis de déportation.

Paola Ortiz est arrivée au Canada en 2006. Victime des violences physiques et sexuelles d'un conjoint appartenant à la police fédérale mexicaine, elle a fui son pays dans l'espoir d'obtenir l'asile au Canada. Mais sa demande a été rejetée. Le Canada ne remet pas en doute le récit des abus faits à la jeune femme, mais estime que le Mexique peut lui offrir toute la protection dont elle a besoin. Un argument fermement rejeté par l'avocat de Paola Ortiz.

«Le gouvernement fédéral dit que les femmes sont protégées, mais c'est faux», souligne Me Stewart Istvanffy. En 2009, indique-t-il, la Cour interaméricaine des droits de l'homme s'est prononcée contre le Mexique au sujet des morts violentes de trois femmes à Ciudad Juárez. «C'est une farce de croire qu'elle va recevoir une protection là-bas.»

Depuis son arrivée au Canada, la vie de Paola Ortiz n'a pas été un long fleuve tranquille. Elle souffre de dépression et du syndrome du choc post-traumatique. Ses deux enfants, tous deux citoyens canadiens, ont besoin d'un suivi médical: l'aînée, âgée de 4 ans, a un problème auditif, tandis que le cadet, âgé de 2 ans, est autiste.

Mais pour la première fois de sa vie, la jeune femme a aussi trouvé un équilibre. Elle travaille, elle est mariée à un Canadien depuis un an. Il a parrainé sa demande de résidence permanente, et elle a obtenu l'accord de Québec pour s'installer ici. Le processus suit son cours au niveau fédéral.

«Je ne sais pas ce qu'il se passerait si je devais retourner au Mexique, dit-elle, émue. Comme maman, je devrais décider si je laisse mes enfants ici. Si je rentre, je devrais vivre cachée, avec le stress. Je ne peux pas rentrer avec mes enfants. Je vais peut-être mourir là-bas.»

Stewart Istvanffy espère que la Cour fédérale, qui doit entendre le cas cet après-midi, accordera à Paola un sursis, et que le ministre de l'Immigration se montrera sensible à sa cause. Si elle devait retourner demain matin dans son pays natal, la jeune femme devra recommencer tout le processus de demande de résidence permanente.

«La grande faiblesse de notre système, c'est qu'une fois qu'on a dit non à une demande d'asile politique, on ne veut plus reconnaître nos erreurs. On espère qu'on va pouvoir arrêter la déportation et avoir la résidence permanente», dit Stewart Istvanffy.