Qu'est-il arrivé à Karine? La question est sur toutes les lèvres depuis la découverte de son corps, vendredi matin, sur un sentier de Godmanchester. À 21 ans, Karine Faubert était l'incarnation de la jeune femme sans histoire et sans mauvaise fréquentation. Ses proches ne s'expliquent toujours pas le drame. À Saint-Louis-de-Gonzague, où vit sa famille, on cherche des réponses. Encore et toujours.

Mis à jour le 16 août 2011
Anabelle Nicoud et Pierre-André Normandin LA PRESSE

Samedi, peu avant 14h. Au restaurant de l'hôtel Plaza, à Salaberry-de-Valleyfield, les employés s'affairent. De nombreux convives sont attendus pour un banquet de mariage. Karine est en retard. Sa chef d'équipe s'étonne: ce n'est pas son genre. Un appel vient troubler la fête. C'est la tante de Karine, qui prévient le directeur du drame. La jeune femme au t-shirt des Canadiens trouvée la veille à Godmanchester, c'est Karine Faubert.

Les collègues de Karine ont appris la tragédie en fin de journée. Depuis, c'est la consternation. «Tout le monde est atterré», dit Yves Deschamps, directeur de l'hôtel Plaza.

Le drame touche cet établissement d'une façon singulièrement terrible. Karine a commencé à prêter main-forte au restaurant pour les banquets il y a quatre ans. Guylaine, sa mère, y travaille depuis plusieurs années. Sa soeur aînée, Geneviève, une architecte de 25 ans, aussi. Tout comme son petit ami, Jean-Christophe Leroux. «Il avait l'air de l'aimer beaucoup», glisse M. Deschamps.

Les parents et la soeur de Karine étaient en voyage, vendredi, quand son corps a été trouvé par un promeneur. Peu de détails ont filtré sur les circonstances de sa mort. Il n'y a, pour l'instant, aucun suspect. La police n'a pas précisé quand la victime a été abattue, ni pourquoi sa voiture a été trouvée garée derrière l'église de son village, à 15 kilomètres de là, ni si elle a été tuée sur ce sentier isolé, en campagne. Chose certaine, c'est par balle qu'elle a trouvé la mort.

L'effet d'une bombe à Saint-Louis-de-Gonzague

La nouvelle a eu l'effet d'une bombe à Saint-Louis-de-Gonzague, où a grandi la jeune femme et où vit encore sa famille. L'un de ses oncles l'aurait d'ailleurs vue, vendredi matin, quitter la maison de ses parents au volant de la voiture familiale. «C'était une très bonne fille, sage, à son affaire», a confié l'une de ses tantes, qui a préféré ne pas être nommée. Dans la famille, l'incompréhension domine. «C'était une fille tranquille, sans histoire. Je suis très surpris de ce qui lui est arrivé. On ne comprend pas...», se désole l'un de ses oncles, Omer Faubert.

À 21 ans, Karine Faubert, étudiante en communication à l'UQAM, devait entamer des études à l'Institut de tourisme et d'hôtellerie, à Montréal. Dans la famille Faubert, les études, c'est important. Et c'est au coeur de la métropole, sur le Plateau Mont-Royal, que la cadette de la famille espérait trouver une chambre pour amorcer cette nouvelle année scolaire, selon une annonce publiée quelques jours avant la mort de Karine.

Dans cette petite ville où tout le monde se connaît, la tragédie ne laisse personne indifférent. Incrédule, Jessica, 21 ans, observait lundi l'église derrière laquelle la voiture de Karine Faubert a été trouvée, dimanche au cours de la soirée. «Je n'en reviens pas, répète celle qui a fréquenté la victime à l'école secondaire. Elle était vraiment normale. C'était pas le genre de fille sur le party, elle était ben straight

Entourée de ses amis Caroline, 17 ans, et Loukas, 20 ans, Jessica espère maintenant obtenir des réponses. «On se demande tous ce qui s'est passé, dit-elle. Ça aurait tout aussi bien pu être moi.»

Hommages

Les proches de la jeune femme se sont aussi épanchés sur le réseau social Facebook. Une page dédiée à sa mémoire a été créée dimanche soir. Sa soeur a invité les gens à transmettre leurs témoignages de sympathie à la famille. Plus de 1100 personnes se sont jointes au groupe et près de 300 messages ont été envoyés. Le petit ami de la victime a lui aussi publié plusieurs lettres au cours du week-end, clamant son amour pour elle, malgré la disparition.

«Je ne sais plus quoi faire, Karine... Dois-je continuer de fêter nos anniversaires de couple? Dois-je aller à ta tombe chaque jour? Dois-je continuer à vivre ma vie, ou dois-je toujours me souvenir de toi, sans jamais te trahir? Je pense à toi sans arrêt et, pour ne pas pleurer, je me dis que tu es vivante. Je me dis que tu es simplement ailleurs, indéfiniment», indique-t-il dans un extrait diffusé par Le Journal de Montréal. Le jeune homme a dit avoir pensé à se suicider, mais s'est ravisé, estimant que Karine n'aurait pas approuvé ce geste.

À Godmanchester, au bord du chemin de gravier bordé par les maïs, un petit tas de pierres marque l'endroit où Karine a été trouvée. Après le départ de la police, lundi, une petite croix en bois y a été ajoutée, en souvenir d'une jeune femme que rien ne semblait destiner à un pareil sort.