Le tableau sur l'emploi de la force que reçoivent tous les élèves de l'École nationale de police suggère bien d'autres moyens de défense que les armes à feu, même en cas d'agression physique grave.

André Noël LA PRESSE

Ce tableau, qui tient sur une page, a été produit à l'enquête publique du coroner sur la mort de Fredy Villanueva. Il suggère par exemple l'usage du bouclier. Mais, sauf exception, les patrouilleurs du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) ne gardent pas de bouclier dans leur voiture.

Ils n'ont pas non plus de bâton PR-24, comme en avaient les agents de sécurité du métro avant qu'ils ne soient remplacés par des policiers. Ces bâtons, fabriqués par la firme Monadnock, sont munis d'une poignée qui double la force de leur utilisateur.

«Nous avions régulièrement affaire à des contrevenants armés de couteaux, nous a dit un ancien agent du métro. Nous n'avions pas d'arme à feu, mais nous arrivions à les maîtriser, notamment avec les PR-24.»

Les règles du SPVM concernant l'usage d'une arme à feu, qui datent de 2006, ont elles aussi été produites à l'enquête sur la mort de Fredy Villanueva, jeune homme abattu par balle en 2008 lors d'une intervention policière qui a mal tourné.

«Le policier peut dégainer son arme de service en situation de danger, dit le document. Cependant, il ne doit faire feu qu'en dernier recours, lorsqu'il a des raisons de croire que sa vie ou celle d'une autre personne est en danger, en tenant compte de la présence possible de tierces personnes et du milieu environnant.»

Un autre document souligne la question que doit se poser tout policier avant de tirer: «Y a-t-il d'autres moyens? Puis-je me retirer?»

Mais, dans la masse des documents de formation et de règles déposés à l'enquête Villanueva, il est très peu question du repli stratégique. Un texte indique que cette mesure est enseignée au Collège canadien de police. Un ancien élève de l'École nationale de police du Québec, située à Nicolet, nous a dit qu'elle n'a été que très rapidement évoquée lors de sa formation.

Un fait que déplore Me Alain Arsenault, spécialisé dans la défense de victimes de bavures policières. «En cas d'agression ou de danger, la meilleure chose à faire peut être de reculer, dit-il. Mais, dans la culture policière, cela ne se fait pas. Les policiers croient qu'ils ne doivent montrer aucun signe de faiblesse, et le repli stratégique est perçu comme un tel signe.»

Un homme peut franchir 6 m en une seconde et blesser un policier avec un couteau. Mais si cet homme avance, souligne Me Arsenault, rien n'interdit au policier de reculer plutôt que de tirer. Ses collègues peuvent entourer l'homme agressif. Éventuellement, l'un d'eux pourra lui donner un coup de matraque dans les jambes et le faire trébucher.

L'avocat rappelle le cas d'Yvan Fond-Rouge, un homme suicidaire qui a été abattu le 30 avril 1998. «Fond-Rouge se promenait avec une carabine dans l'ouest de Montréal, dit-il. Les policiers l'ont entouré. Des tireurs d'élite l'ont pris dans leur ligne de mire. La police a attendu. À 15h30, le commandant de l'opération a estimé que des gens allaient sortir de leurs bureaux et qu'ils seraient en danger. Il a donné l'ordre de tirer. Pourtant, il aurait été possible d'élargir le périmètre de sécurité et d'attendre encore.»

Le pistolet électrique s'est ajouté à la panoplie des armes intermédiaires comme le gaz poivre, le bouclier, le bâton télescopique et le PR-24. Hier, une femme en crise, armée d'un long couteau, a été maîtrisée grâce à ce pistolet dans l'arrondissement de Mercier-Hochelaga-Maisonneuve.

La femme marchait dans la rue avec son couteau. Des passants l'ont vue entrer dans un immeuble de la rue Lafontaine. Des agents du SPVM ont tenté de la raisonner. Elle a refusé de coopérer et de se défaire de son arme. Après lui avoir donné une décharge électrique, les policiers ont pu l'immobiliser et la transporter à l'hôpital. Son état n'inspire aucune crainte.

Mais très peu de patrouilleurs ont un pistolet électrique à leur disposition. Le SPVM en a 42, mais n'en déploie que 16. Néanmoins, cette arme est beaucoup plus utilisée à Montréal que partout ailleurs au Québec (voir tableau ci-joint): 148 fois depuis 2005, comparativement à 127 dans le reste du Québec.

Le pistolet électrique reste une arme contestée, car il n'est pas sans danger. En octobre 2007, Guillem Registre, Québécois d'origine haïtienne de 38 ans, est mort après que des agents du SPVM lui eurent donné six décharges électriques.