Accusé à tort d'avoir commis une sordide agression sexuelle à l'aide d'une pellicule plastique, Claude Bilodeau est sorti du palais de justice de Montréal en homme libre cet après-midi.  

Publié le 13 mai 2011
Caroline Touzin LA PRESSE



«Tout le crédit revient à mon avocat», a souligné l'homme de 46 ans aux médias présents. Celui qui avait été surnommé le «monstre de Saint-Éloi» avait l'air encore sonné par le verdict d'acquittement prononcé ce matin.

«J'espère retrouver ma vie d'avant», a dit cet ébéniste qui a passé les trois derniers mois derrière les barreaux. Cet homme qui vit à Saint-Éloi dans le Bas-Saint-Laurent a perdu son emploi après son arrestation le 31 janvier dernier. Bilodeau était accusé d'agression sexuelle, de séquestration et d'avoir tenté d'étouffer la plaignante. Il aurait pu être condamné à une peine d'emprisonnement à perpétuité pour ce dernier crime.

La jeune femme de 28 ans qui l'a faussement accusé de viol risque à son tour d'avoir des ennuis avec la justice. «Il y aura assurément une enquête. La jeune femme pourrait être accusée de méfait public», a indiqué la procureure de la Couronne au dossier, Me Amélie Rivard.

Ce matin, au second jour du procès de Claude Bilodeau, la Couronne a annoncé qu'elle n'avait plus la «conviction morale» nécessaire pour poursuivre le procès. C'est que la veille, la défense a amené en preuve une série de faits nouveaux qui sont venus contredire la version de la plaignante.

Dans ce dossier, l'avocat de M. Bilodeau, Me Michel Barrette, a mené sa propre enquête avec plusieurs de ses collaborateurs pour réussir à prouver que la plaignante avait menti aux policiers et à la poursuite.

Le juge Salvatore Mascia n'a eu d'autres choix que prononcer l'acquittement. Le magistrat a remercié la Couronne de couper court au procès, mais il a surtout félicité la défense. «C'est rare que je le dis : Je tiens à souligner que vous avez fait un excellent travail», a insisté le juge de la Cour du Québec à l'avocat criminaliste qui travaille surtout dans la région de Québec.

La poursuite souhaite que ce cas ne décourage pas les «vraies»victimes d'agression sexuelle de porter plainte. «Tout le monde travaille dans le même sens: la recherche de la vérité», a souligné Me Rivard.

L'avocat de M. Bilodeau, Me Michel Barrette, a produit en preuve, jeudi, des vidéos de surveillance captées dans une boutique érotique et dans un centre commercial qui sont venues contredire la version de la jeune femme. Des images que la procureure de la Couronne et l'enquêteur au dossier voyaient pour la première fois.

Claude Bilodeau et la jeune femme, qu'il nous est interdit de nommer, se sont connus sur le site de rencontres Lavalife. Après s'être parlé au téléphone à plusieurs reprises, ils ont convenu de se rencontrer le 29 janvier dernier.

Selon la version de la jeune femme, Bilodeau l'a invitée à manger dans un restaurant de l'est de Montréal, puis à terminer la soirée au cinéma. Or, en sortant du restaurant, il lui aurait demandé de passer au motel où il venait de louer une chambre, pour se changer. C'est là qu'il lui aurait bandé les yeux et qu'il l'aurait enveloppée dans une pellicule plastique avant de la violer.

Après l'agression, il lui aurait offert de la ramener chez elle, toujours selon la version de la plaignante. Elle aurait accepté pour sauter du camion en marche une fois sur l'autoroute Métropolitaine, craignant de se faire assassiner, a-t-elle dit. Elle avait juré n'être jamais allée au cinéma avec l'accusé.

Or, l'une des vidéos révèle qu'après le restaurant, Bilodeau et la jeune femme sont allés dans une boutique érotique. Des extraits de la vidéo captée par la caméra de surveillance de la boutique montrent la jeune femme, tout sourire, examiner des objets sexuels en compagnie de l'accusé. Ils se sont ensuite bel et bien rendus ensemble au cinéma du Carrefour Langelier.

Devant les images qui les montrent tous deux entrer au cinéma vers 21h, la jeune femme a modifié sa version, hier. Elle a raconté avoir été violée par l'accusé, puis s'être rendue au cinéma avec lui. Cette invraisemblance a visiblement convaincu la poursuite de mettre fin au procès.

La Couronne possédait des échantillons d'ADN dans cette affaire prouvant que l'accusé et la plaignante ont bel et bien eu une relation sexuelle ce jour-là. Or, pour faire condamner l'accusé, la poursuite devait faire la preuve hors de tout doute raisonnable que la plaignante n'était pas consentante.