Pour la deuxième fois cette année, des immeubles à condos en construction du promoteur Samcon ont été la cible d'un incendie criminel, dans la nuit de mercredi, dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve. Ces brasiers pourraient-il avoir été allumés par des individus opposés à l'embourgeoisement de ce secteur populaire de l'est de Montréal? Cette piste n'est pas écartée par les autorités.

Hugo Meunier LA PRESSE

Le ou les auteurs de l'incendie de mercredi semblent même avoir annoncé leur crime. Un graffiti représentant des flammes sur des condos a été récemment peint au pochoir au bas de l'affiche résumant le projet immobilier, érigé à l'entrée du chantier de la rue St-Clément.

Ce graffiti à saveur prophétique, effacé par le promoteur, était coiffé de l'inscription «Beau comme un condo qui brûle.»

Le même graffiti avait été peint sur l'affiche située devant l'autre chantier de Samcon incendié en janvier dernier, situé à l'angle des rues Jeanne-D'Arc et de Rouen.

Ce graffiti aurait d'ailleurs été aperçu devant d'autres chantiers du secteur, et pas seulement devant ceux appartement à l'entreprise Samcon.

Le vice-président à la direction de Samcon, Christian Bergeron, a dit ne pas savoir qui s'en prenait à ses chantiers. «On n'a pas eu de menace comme telle, ni aucun litige avec des fournisseurs ou des clients.»

M. Bergeron n'a pas voulu spéculer sur l'hypothèse voulant qu'un groupe opposé à la construction de condos dans le secteur soit derrière ces incendies. «J'en ai aucune idée, allez savoir qui a fait ça», a-t-il laissé tomber. Il ne s'est pas avancé non plus sur la présence des graffitis sur ses chantiers. «Ce genre de graffitis n'est apparemment pas spécifique à l'entreprise Samcon. Ce ne sont pas des menaces adressées à nous directement», a-t-il ajouté.

La Section des incendies criminels du Service de police de la Ville de Montréal a hérité de l'enquête. Celle-ci sera sans doute facilitée par des images vidéo d'un suspect, croqué dans la nuit de mercredi sur les lieux du crime par une des caméras de surveillance perchée sur le site.

On y aperçoit un homme avec un sac à dos s'introduire sur le chantier vers 1h15 du matin, avant de pénétrer à l'intérieur du bâtiment et en ressortir environ 15 minutes plus tard.

Le feu, possiblement alimenté par des accélérants, aurait été allumé au troisième étage de l'immeuble, qui devait abriter 20 condominiums. Une partie du bâtiment est complètement ravagée et les dommages sont évalués à 600 000$. Plusieurs de ces condos étaient vendus et devaient être livrés en février.

Des propriétaires des condos voisins, également construits par Samcon, ont assisté en direct de leur balcon à cet incendie spectaculaire. «On a d'abord entendu les camions de pompiers. Il y avait beaucoup de flammes et le toit s'est effondré une heure plus tard», raconte Mathieu Provencher. Par chance, les pompiers sont parvenus à empêcher la propagation du feu aux nombreux édifices voisins de ce secteur résidentiel.

Plusieurs heures après avoir maîtrisé le brasier, les pompiers sont revenus sur les lieux mercredi matin pour éteindre des braises qui fumaient encore.

L'instabilité de la structure force les pompiers à faire preuve d'une extrême prudence.

Photo: Sylvain Ryan, collaboration spéciale

L'incendie a pris naissance dans la partie élevée de l'immeuble de trois étages situé sur la rue Saint-Clément, près de la rue de Rouen, dans l'arrondissement Mercier/Hochelaga-Maisonneuve.