Un homme de 45 ans a été poignardé à mort par un de ses colocataires, dans la nuit de mardi à mercredi, dans une ressource externe pour personnes atteintes de problèmes de santé mentale, à Pointe-aux-Trembles. Ce meurtre ravive les inquiétudes quant au grand nombre de maisons de transition similaires que compte ce secteur.

Hugo Meunier LA PRESSE



Les deux hommes habitaient la maison La Relance, qui relève de l'Hôpital Louis-H.-Lafontaine. Le présumé meurtrier, un homme de 27 ans, aurait lui-même alerté les autorités.



Quatorze patients de La Relance se trouvaient alors sur place, en plus du personnel de l'hôpital.

Les policiers de la division des crimes majeurs du Service de police de la Ville de Montréal enquêtent sur les causes du meurtre, le 27e de l'année à Montréal. Un poste de commandement a été érigé mercredi devant la magnifique et immense maison blanche, rue Notre-Dame, dont les résidants ont pour l'instant été relogés ailleurs. En fin de journée, le suspect n'avait toujours pas été rencontré par les enquêteurs et aucune accusation n'avait encore été portée contre lui.

La direction de l'Hôpital Louis-H.-Lafontaine a de son côté déploré le meurtre et assuré qu'il ferait l'objet d'une enquête interne. C'est la première fois qu'un incident aussi grave se produit, même si l'hôpital gère un réseau de 1400 places d'hébergement dans la communauté, a précisé la direction.

Plusieurs patients qui habitent ces ressources externes souffrent de schizophrénie. Ils sont suivis étroitement par le personnel, notamment pour la prise de médicaments.

La plupart des voisins interrogés mercredi n'ont d'ailleurs jamais eu de problèmes avec les pensionnaires de La Relance. «Ils viennent parfois nous voir ici pour avoir un rendez-vous, mais on les dirige vers l'hôpital», a expliqué Julie Brunet, assistante dentaire dans une clinique située sur le même terrain que La Relance.

Liette Couture, qui habite juste à côté de La Relance, n'a aucun grief à formuler au sujet de ses voisins. «On les voit dehors, ils fument tranquillement leur cigarette. Je n'ai jamais eu de problème. On n'a même pas de clôture», a-t-elle souligné.

Inquiétude dans le quartier

Toutefois, une autre voisine immédiate, infirmière, tient un discours bien différent. «Ça fait 40 ans que je suis ici, je recherche la tranquillité. J'ai dû clôturer mon terrain parce que les bénéficiaires venaient cogner chez moi. Parfois, ils se plantent devant le fleuve et se mettent à hurler. On n'est plus en sécurité. Je m'interroge seulement sur la façon de faire la sélection des patients», a-t-elle ajouté.

Du côté de l'hôpital, on répète que ce meurtre est un acte isolé et que seuls les patients dits «stabilisés» sont admis dans les ressources.

Quelques voix s'élèvent pourtant pour dénoncer le nombre élevé de maisons pour personnes atteintes de problèmes de santé mentale dans le secteur. «On est assis sur une poudrière!» a lancé un membre de l'Association des riverains de Pointe-aux-Trembles, sous le couvert de l'anonymat.

Ce groupe de citoyens, l'hôpital et des élus ont d'ailleurs eu récemment des rencontres pour discuter du problème.

Plusieurs ressources sont presque côte à côte, surtout concentrées dans le vieux Pointe-aux-Trembles et rue Notre-Dame.

L'une d'elles se trouve d'ailleurs à un jet de pierre de La Relance. Ses résidants étaient nombreux à griller une cigarette sur le balcon pendant que les policiers menaient leur enquête de l'autre côté de la rue. «J'ai une adolescente qui refuse de sortir après 19 h parce qu'elle ne croise que des gens psychiatrisés. On n'est pas des fascistes et on veut faire notre devoir social, mais il y a d'autres secteurs dans la ville», a pesté le membre de l'association.

Les ressources sont nombreuses dans l'est de l'île, notamment en raison de la proximité de l'hôpital Louis-H.-Lafontaine. «Mais depuis 10 ans, nos ressources d'hébergement sont en décroissance dans Pointe-aux-Trembles; elles sont passées de 400 à 300 places», a nuancé le directeur des services en réadaptation et d'hébergement, Jean-Jacques Leclerc. Selon M. Leclerc, qui habite le secteur, ces gens ne constituent nullement une menace pour la sécurité. «Deux cents de nos résidants sont des personnes âgées en perte d'autonomie», a précisé M. Leclerc.

Pointe-aux-Trembles abrite 29 des 112 ressources intermédiaires de l'hôpital éparpillées dans l'est de Montréal.

Les ressources privées et clandestines ou relevant d'autres centres hospitaliers que Louis-H.-Lafontaine seraient aussi très nombreuses à Pointe-aux-Trembles.