Lorsque la femme de Khurram Syed Sher a mis un bébé au monde, le jeune médecin a distribué des biscuits à ses voisins de la rue Nancy, à Brossard, pour souligner l'événement. À la même époque, une de ses voisines, Lise Gagné, a été hospitalisée pour un AVC. Il est allé la voir à l'hôpital, puis il lui a apporté un plat à la maison quand elle est revenue chez elle, pensant qu'elle aurait de la difficulté à se faire à manger.

André Noël LA PRESSE

Voilà l'homme qui a été arrêté avec deux résidants d'Ottawa et accusé d'avoir fomenté un complot terroriste. Lors de notre visite, Mme Gagné ne tarissait pas d'éloges envers Sher, sa femme, ses jeunes enfants, sa soeur et sa mère, qui habitaient en face de chez elle jusqu'à cet été.

«C'était des gens très gentils, a-t-elle dit. Ils étaient très attentionnés, toujours agréables, souriants. Je ne parle pas anglais, alors ils me parlaient en français. Parfois, on les voyait faire leur prière dehors, en face d'une église protestante, au bout de la rue. Leur petite fille allait à la garderie, à côté. Vraiment de très bons voisins.»

La maison de Khurram Sher, un duplex très modeste, a longtemps été occupée par son père, qui, selon Mme Gagné, était également médecin et qui est mort il y a quelques années. Khurram Sher et sa famille ont déménagé cet été à London, en Ontario.

Des amis des Sher ont emménagé dans leur maison. La nouvelle de l'arrestation les a atterrés. Une femme d'origine haïtienne, convertie à l'islam et qui porte le voile, pleurait lorsqu'elle nous a ouvert la porte. «Je suis allée à leur mariage avec mon mari il y a quelques années, a-t-elle raconté. Ce sont des gens pacifiques. Je ne peux pas croire que Khurram est un terroriste.»

Canadian Idol

Sher a suivi son cours de médecine à l'Université McGill et s'est spécialisé en pathologie. Très actif, le jeune médecin jouait au hockey-balle dans des équipes musulmanes comme le Muslim Hockey Ball League. Faisal Shahabuddin, un comptable de Brossard, jouait avec lui dans l'Asian Express Ball Hockey Team, une ligue de l'ouest de Montréal. «C'est un bon joueur, il aime le sport et il aime faire des blagues, a-t-il dit. Il aime rire et faire rire les autres.»

C'est justement pour blaguer, dit M. Shahabuddin, que son ami il a passé en 2008 une audition à l'émission de télévision Canadian Idol, qu'on peut toujours visionner sur YouTube. Vêtu de l'ample habit pakistanais, coiffé d'un chapeau plat, Sher essaie de danser comme Michael Jackson en chantant Complicated, d'Avril Lavigne. Il affirme aux juges qu'il est né au Pakistan et qu'il est arrivé au Canada en 2005, alors qu'en fait, il y est né. Il se dit adepte de hockey, de musique et de danse, et passe sous silence ses études en médecine. «Avez-vous déjà songé à devenir comédien?» lui demande un juge.

Il était actif dans une organisation caritative musulmane, RS Foundation. Il est d'ailleurs allé au Pakistan pour apporter de l'aide en 2006. M. Shahabuddin dit que, depuis que son ami est déménagé en Ontario, il communique avec lui par courriel.

Le deuxième accusé, Misbahuddin Ahmed, 26 ans, est technicien en radiographie à l'Hôpital d'Ottawa. Il a habité à Montréal jusqu'en 2008. Le dernier accusé, Hiva Alizadeh, 30 ans, habite aussi à Ottawa.

- Avec Catherine Handfield