Trois cyclistes ont été tuées hier matin, fauchées par une camionnette dans des circonstances encore nébuleuses sur la route 112, dans la petite municipalité de Rougemont, en Montérégie.

Bruno Bisson LA PRESSE

Les trois femmes, des athlètes accomplies, étaient membres du Club de triathlon de Saint-Lambert. Sandra De La Garza Aquilon, 36 ans, de Saint-Bruno-de-Montarville, Lyn Duhamel, 39 ans, de Boucherville et Christine Deschamps, âgée de 44 ans, pédalaient avec trois autres personnes lorsque l'accident est survenu.

«Toute l'équipe est en état de choc. Je pense que plusieurs des athlètes vont mettre un long moment avant de recommencer à faire du vélo», a dit hier l'entraîneur-chef du club de triathlon, Pierre Svartman, qui connaît les six cyclistes et qui est un ami proche de trois d'entre eux.

Les trois victimes ont succombé à plusieurs traumatismes crâniens et thoraciques. Deux d'entre elles étaient déjà mortes à leur arrivée à l'hôpital du Haut-Richelieu, à Saint-Jean-sur-Richelieu. La troisième, qui avait une grave fracture du crâne, a été transportée à l'Hôpital général de Montréal, où elle a succombé à ses blessures. La Sûreté du Québec a confirmé sa mort en fin d'après-midi.

Deux autres cyclistes, Karine Désormeaux et France Carignan, qui est présidente du club de Saint-Lambert, ont aussi subi des blessures «légères», selon la Dre Krystyna Pecko, directrice des affaires médicales à l'hôpital du Haut-Richelieu. Les deux femmes devaient recevoir leur congé hier. Le sixième membre du groupe, le Dr Jean Dessureault, 56 ans, qui est médecin dans cet hôpital, n'a pas été blessé.

Les six cyclistes roulaient en peloton sur la route 112 vers Sherbrooke, où ils devaient participer à un week-end d'entraînement et de perfectionnement en vue du triathlon Ford Ironman de Lake Placid, dans l'État de New York, qui aura lieu le 25 juillet prochain.

Le triathlon Ironman est constitué de trois épreuves consécutives: 3,8 km de natation, 180 km de vélo et 42,2 km de course à pied. Lyn Duhamel, l'une des trois cyclistes mortes hier, avait déjà réussi cette épreuve infernale en 2007, en un peu plus de 14 heures.

Selon Jérôme Mceniry, qui s'entraîne depuis quatre ans avec le Club de triathlon de Saint-Lambert, ces six athlètes formaient un groupe très lié: «Ils s'entraînaient ensemble avec un but commun de faire l'Ironman de Lake Placid cet été. Cette randonnée vers Sherbrooke était une étape préparatoire pour eux.»

Hier, le Club de triathlon de Saint-Lambert, qui compte 90 membres, a publié un bref communiqué pour exprimer son soutien aux familles et amis des victimes.

«Il est temps que les conducteurs du Québec commencent à respecter davantage les cyclistes comme c'est le cas partout ailleurs au Canada, a insisté l'entraîneur-chef, Pierre Svartman, en entrevue avec La Presse hier. Je pense que, pour honorer leur mémoire, les automobilistes devraient tous prendre conscience que les vélos sont des véhicules lents et qu'ils doivent ralentir sur les routes lorsqu'ils les croisent.»

Très souvent, affirme M. Svartman, «on vit des situations où les véhicules frôlent les cyclistes à 90 km/h. Ce n'est pas acceptable».

L'alcool n'est pas en cause

La Sûreté du Québec n'était pas en mesure, hier, d'expliquer comment ni pourquoi le conducteur de la camionnette, un homme âgé de 29 ans, a fauché le groupe de cyclistes sur cette route en mauvais état, mais relativement droite et dénuée de tout obstacle visuel.

La SQ a écarté l'hypothèse que le conducteur ait pu être en état d'ébriété. Selon les témoignages, il a immobilisé son véhicule en bordure de la route immédiatement après l'impact et a tenté de porter secours aux victimes. Les responsables de l'enquête ne l'avaient pas encore interrogé, hier.

Les policiers ont toutefois saisi le véhicule à des fins d'expertise. Un problème mécanique pourrait peut-être expliquer que la camionnette ait été déportée vers le groupe de cyclistes. Les dommages au véhicule témoignaient d'ailleurs de la violence du choc. Le capot est enfoncé, le phare avant droit a été arraché, le pare-brise est fissuré. Dans le trou laissé par la disparition d'une partie de la calandre et du phare droit, une bouteille d'eau rouge est restée coincée dans les débris.

Photo Club de triathlon

L'une des trois femmes décédées, Christine Deschamps.

Le long de la route, les vélos tordus gisaient près de casques, de chaussures, de bouteilles ou de pièces d'équipement arrachées aux bicyclettes de compétition. La route est restée fermée durant presque 10 heures pour permettre aux policiers de reconstituer les circonstances de la collision. Un hélicoptère de la SQ a même survolé la scène pour la photographier et fournir aux enquêteurs une vue d'ensemble.

L'accotement de cette portion de la route est en gravier, peu praticable avec des bicyclettes de course, très légères, assez fragiles et faites pour rouler sur le bitume. Une piste cyclable, non asphaltée, est aménagée en parallèle avec la route 112 et se poursuit jusqu'à Granby. Toutefois, ces athlètes, qui filent à des vitesses exceptionnelles, utilisent rarement de telles pistes pour leur entraînement en raison des risques d'accident avec les cyclotouristes du dimanche.

- Avec la collaboration de Daphné Cameron



Photo Club de triathlon

Sandra de la Garza, l'une des trois femmes décédées.