Changer le sens des rues et ajouter des dos d'âne pour ralentir les voitures ne suffit pas à attirer de nouveaux résidants: encore faut-il construire de nouveaux logements. La population du Plateau-Mont-Royal a diminué tandis que le centre-ville voisin a connu sa plus forte croissance en 50 ans, selon le recensement de 2011.

Pierre-André Normandin LA PRESSE

Depuis son élection en 2009, Luc Ferrandez multiplie les interventions sur le Plateau pour tenter de freiner la circulation de transit. En améliorant la qualité de vie, il espère inciter de jeunes familles à vivre au coeur de Montréal.

Mais pour l'heure, ses efforts ne semblent pas avoir porté leurs fruits. Les données du recensement de 2011 publiées mercredi permettent de constater que l'arrondissement a perdu des résidants. Le Plateau en compte 664 de moins, la plus forte baisse de toute l'île.

«Ce qui est clair, c'est que la stratégie de l'arrondissement a une portée limitée», analyse Gérard Beaudet, professeur d'urbanisme à l'Université de Montréal. Celui-ci attribue la décroissance du secteur au manque de terrains et de bâtiments à recycler pour construire de nouveaux logements. «Le Plateau est saturé, alors si les gens avec des enfants continuent de partir et sont remplacés par des célibataires, c'est sûr que ç'a un impact sur la population», poursuit M. Gérard Beaudet.

Le maire Ferrandez n'a pas pu commenter les résultats du sondage, mais son chef à Projet Montréal, Richard Bergeron, assure qu'«il n'y a pas de drame sur le Plateau». Lui aussi attribue la diminution de population à l'absence de construction résidentielle dans l'arrondissement. «Il y a très peu de possibilités de construction neuve sur le Plateau», souligne-t-il.

Les gens vivent de plus en plus seuls. Sur le Plateau, plus de la moitié des logements est occupée par une seule personne et le tiers par des couples sans enfants. Bref, il reste moins d'un logement sur cinq où habitent des familles de trois personnes et plus.

La hausse du prix des logements, à l'achat comme à la location, nuit aussi au secteur, selon Danielle Pilette, professeure d'urbanisme à l'UQAM. «Le rapport qualité-prix n'est pas fameux sur le Plateau. Oui, c'est bien d'avoir un milieu de vie convivial, mais le rapport qualité-prix est meilleur dans Ville-Marie.»

Propulsé par la forte construction d'immeubles à condos, le centre-ville a d'ailleurs affiché la deuxième croissance dans l'île. Pas moins de 5137 nouveaux résidants se sont implantés dans le secteur, principalement le long du fleuve, du Vieux-Montréal au pont Jacques-Cartier. Cette hausse de 6,5% est la plus forte depuis que le centre-ville a réussi à mettre fin à l'hémorragie de sa population, au tournant des années 90. Et tout indique que sa croissance se poursuivra; Ville-Marie vient d'autoriser deux nouvelles tours résidentielles de 21 et 23 étages.

Gérard Beaudet souligne toutefois que l'arrivée de ces nouveaux résidants ne se fait pas sans heurts. «C'est une bonne chose d'avoir un centre-ville habité, même si ça cause quelques complications de voisinage, comme autour du Quartier des spectacles. Mais c'est mieux que d'avoir un centre-ville qui se vide le soir venu», dit le professeur d'urbanisme.

Depuis 10 ans, le champion montréalais de la croissance demeure toutefois l'arrondissement de Saint-Laurent. Sa population a augmenté de 9009 personnes depuis 2006, une hausse de 10,6%. Selon les données du précédent recensement, le secteur fait des gains dans toutes les tranches de population, mais principalement chez les 0 à 15 ans et les 35 à 60 ans. Bref, chez les familles.