Vision Montréal demande la tenue d'une enquête sur le rôle d'une firme privée dans l'attribution de certains contrats municipaux. L'administration Tremblay a vivement condamné cette sortie de la chef de l'opposition, accusant Louise Harel de faire preuve d'une «incompréhension totale du fonctionnement de la Ville».

Mis à jour le 3 févr. 2012
Pierre-André Normandin LA PRESSE

Entreprise spécialisée en gestion de projet, Macogep a décroché en avril 2009 un contrat pour la gestion du vaste chantier de réfection des arénas de Montréal. Depuis, au moins quatre employés travaillent à la planification des travaux dans les bureaux de la Ville, tout juste en face de l'hôtel de ville.

L'opposition officielle s'est inquiétée de la mainmise que semble exercer la firme sur la Ville. Non seulement Macogep prépare tous les plans techniques et les appels d'offres dans le cadre de ce vaste chantier, mais ses employés rédigent également les sommaires décisionnels, ces documents à partir desquels les élus municipaux votent les dépenses municipales. En conférence de presse, Louise Harel a affirmé qu'un fonctionnaire s'est plaint d'avoir vu son nom usurpé pour faire autoriser au moins deux contrats d'une valeur de 8 millions de dollars. «C'est une pratique odieuse», a protesté, indignée, la chef de Vision Montréal, qui demande au contrôleur général, Alain Bond, d'enquêter sur les pratiques de Macogep.

La présidente du Syndicat des professionnels, Gisèle Jolin, a reconnu que l'un de ses membres s'était plaint après avoir vu son nom apparaître à son insu sur un sommaire décisionnel autorisant deux contrats d'une valeur de 8 millions. Elle a toutefois nié avoir déposé un grief puisque l'affaire se serait réglée à l'amiable. «On considère que c'est réglé», a tranché Mme Jolin. Et contrairement à ce qu'a avancé Vision Montréal, ce ne serait pas les employés de Macogep qui auraient usurpé l'identité du fonctionnaire, mais bien son supérieur immédiat, un cadre municipal, rapporte la chef syndicale.

Vision Montréal maintient que sa plainte est toujours valable, jugeant inadmissible qu'une firme rédige les sommaires décisionnels au nom d'employés municipaux.

Macogep a vivement réagi à la sortie de Vision Montréal. Affirmant que ses employés travaillaient dans les bureaux municipaux à la demande de la Ville, son président, Louis yves LeBeau, a reconnu que ceux-ci rédigeaient les sommaires. L'homme précise que ces documents sont systématiquement vérifiés et approuvés par plusieurs fonctionnaires. «Il est très insultant, pour une entreprise qui a bâti sa réputation depuis plus de 20 ans sur des principes de rigueur et d'intégrité, de se faire éclabousser injustement avec des mots tels "stratagème", "mainmise" et "usurpation" », a dénoncé M. LeBEAU.

L'administration Tremblay s'est aussi attaquée à Vision Montréal et sa chef. «Cette sortie montre que

Mme Harel est irresponsable et mensongère. Ça démontre son incompréhension totale de comment fonctionne la Ville», a dénoncé Darren Becker, porte-parole du maire.

Le ministère des Affaires municipales a pour sa part refusé de condamner le fait que des employés d'une entreprise puissent rédiger des sommaires décisionnels. «C'est une question de régie interne si les Villes laissent les firmes le faire», a indiqué une porte-parole, Émilie Lord.