La réalisation du train de banlieue Montréal-Mascouche devrait finalement coûter 715,3 millions de dollars aux contribuables du Québec, selon des extraits du dossier d'affaires final (DAF) qu'a réclamé le gouvernement en raison d'un dépassement des coûts de 70%.

Mis à jour le 11 janv. 2012
Bruno Bisson LA PRESSE

Le train de l'Est coûtera donc presque aussi cher que le prolongement du métro vers Laval, qui a été achevé en 2007 au coût de 745 millions. À moyen terme, le train devrait transporter un maximum de 11 000 passagers par jour, soit presque six fois moins que le métro à Laval.

Le budget proposé dans le DAF accuse ainsi une nouvelle hausse de plus de 50 millions par rapport aux plus récentes estimations, produites l'an dernier par l'Agence métropolitaine de transport (AMT), qui est responsable du projet.

Les prévisions de l'AMT totalisaient alors 663 millions. Elles avaient incité le Conseil du Trésor à suspendre les travaux afin d'en réviser les échéanciers et les coûts.

La ligne de 51 km n'entrera donc pas en service avant septembre 2013, au mieux. Les documents obtenus par La Presse affirment que la promesse de l'Agence métropolitaine de transport (AMT) de l'inaugurer à l'automne 2012 «était irréaliste».

Ce report d'au moins un an pourrait encore s'allonger, dans la mesure où le respect de cet échéancier dépendra lui-même de nombreux facteurs et de certaines décisions qui ne sont pas encore prises.

Les auteurs du document affirment notamment que le gouvernement du Québec devra d'abord autoriser l'AMT à lancer des appels d'offres et à attribuer des contrats, choses qu'il lui a interdites en attendant de connaître les coûts totaux des travaux. Au moment de son annonce par le premier ministre Jean Charest en 2006, le projet devait coûter 300 millions; il coûtera finalement plus du double.

Plus cher que le métro?

Le train pourrait même coûter plus cher que les 715 millions prévus dans le dossier d'affaires final obtenu par La Presse. En effet, les auteurs du document recommandent au gouvernement de mettre de côté une réserve supplémentaire de 46 millions pour se protéger contre les dépassements de coûts qui pourraient encore advenir.

Au pire, précise le document, les coûts pourraient encore grimper de 90,3 millions s'ils ne sont pas gérés adéquatement. Le train de l'Est coûterait alors encore plus cher que le prolongement du métro.

Les risques de dépassement de coûts sont encore nombreux et sont liés à des chantiers qui n'ont pas encore débuté. Dans certains cas, comme pour les gares de Mascouche et de Charlemagne, en banlieue nord-est de Montréal, les plans et devis ne sont même pas commencés.

Recommandations

Les experts qui ont collaboré à la rédaction du DAF formulent plusieurs recommandations afin de mieux encadrer l'AMT dans la suite des choses. Ils recommandent notamment de «mettre en place, au plus haut niveau d'autorité, une personne qualifiée, possédant une expérience reconnue dans la réalisation de grands projets» ainsi que la formation d'un comité de gestion qui comprendrait «deux membres externes complètement indépendants».

Les auteurs estiment aussi, pour des motifs qui ne sont pas explicites, que l'AMT ne doit pas avoir accès à la totalité du budget de 715,3 millions proposé par le DAF, qui comprend les sommes nécessaires à l'achèvement du projet (y compris débours déjà faits), estimées à 670 millions, et une provision de 44,6 millions pour imprévus.

Les experts proposent que l'AMT n'ait pas accès à la totalité de la provision, mais à 5 millions seulement. «L'enveloppe [...] serait alors renflouée jusqu'à concurrence de 5 millions à la fin de chaque mois sur approbation du comité de gérance, jusqu'à épuisement des contingences de 44,6 millions.»