Abolir la Commission de la construction du Québec (CCQ) en particulier à cause de son «inefficacité» et de ses liens avec la FTQ qui «tient le gouvernement Charest par les couilles», déréglementer l'industrie de la construction pour enlever ses barrières tarifaires et rétablir un système basé sur la compétition, supprimer le placement, c'est ce que préconise l'entrepreneur Paul Sauvé pour anéantir «l'industrie de la corruption».

Fabrice de Pierrebourg LA PRESSE

Le propriétaire de la firme de maçonnerie LM Sauvé est connu pour ses déboires dans les chantiers du théâtre Outremont, de l'église St. James, de l'hôtel de ville de Montréal ainsi que du parlement d'Ottawa.

Il a dénoncé l'infiltration du crime organisé dans la construction. Il a lui-même frayé avec des personnes peu recommandables. En 2006, son entreprise, LM Sauvé, en panne de liquidités, s'est retrouvée sous le joug des Hells Angels, par l'entremise de Normand Casper Ouimet, arrêté en novembre 2010 dans le cadre de l'opération SharQc.

Paul Sauvé dresse le «triste constat» d'un «système sclérosé» qui fait en sorte «qu'il est pratiquement impossible de faire de la grosse construction au Québec sans avoir de liens douteux à un niveau ou à un autre». C'est l'une des petites phrases assassines que l'on trouve dans son livre L'industrie de la corruption, publié aujourd'hui.

Dans cet ouvrage, il raconte son parcours chaotique. Par exemple, l'histoire d'une «personne haut placée à la CCQ», organisme dont la mission est de lutter contre le travail au noir, chez qui il avait fait des travaux et qui «avait demandé à payer en argent comptant».

Abolir la CCQ

Cette même CCQ dont Paul Sauvé souhaite l'abolition, ou sa transformation en «chien de garde», sur le modèle de l'AMF. Parce que, explique-t-il à La Presse, l'organisme gouvernemental est indirectement responsable, à son avis, du fait que des entrepreneurs sont obligés de «pactiser avec le diable».

«Régler le problème de façon structurelle et économique» est une meilleure solution qu'une commission d'enquête, croit-il.

«La CCQ est une extension de la FTQ, et est le symbole d'une époque qui remonte à une quarantaine d'années mais qui est révolue, tranche Paul Sauvé. Elle est responsable de la tarification de la main-d'oeuvre qui représente au minimum 50% des coûts. La CCQ a façonné l'industrie de sorte qu'il est impossible pour un entrepreneur d'être concurrentiel. Le Québec est la seule province où il en coûte 80$ pour planter un clou, mais le travailleur n'est pas plus riche et il lui en reste moins sur sa fiche de paie, à salaire égal, que son collègue du Manitoba», dénonce-t-il.

Selon lui, tant que l'on ne se penchera pas sur la «composition de ces 80$», on «tournera en rond et on ne cassera pas la collusion, la corruption et le financement illicite des partis». Idem pour le principe du plus bas soumissionnaire, «bien inutile quand tous les entrepreneurs planifient leurs soumissions ensemble», écrit-il.

L'entrepreneur ne croit pas non plus que Diane Lemieux, «psychologue de formation et sans expérience dans la construction», va réussir à casser le système. Il se prononce également contre le placement, syndical ou par l'entremise de la CCQ comme veut le faire la ministre du Travail, Lise Thériault. «Avec l'internet, les gens peuvent se placer eux-mêmes. Le monde est à eux.»

Les Hells s'infiltrent

Paul Sauvé consacre une large part de son livre à ses échecs retentissants et à l'intrusion dans son entreprise du Hells Angel Casper Ouimet, accusé depuis de 22 meurtres. Ce dernier est arrivé chez LM Sauvé «par l'intermédiaire de Louis-Pierre Lafortune», alors dirigeant des Grues Guay, un homme qui avait ses entrées au Fonds de solidarité FTQ. Tous étaient aussi des proches de Jocelyn Dupuis, ex-DG de la FTQ-Construction.

Dans son livre, Sauvé écrit que l'ardoise du perron de l'église St. James a été posée par une société de Normand Ouimet. «La subvention du gouvernement libéral de Jean Charest a servi à payer les motards qui posaient les roches à quatre pattes.» Et le jour de l'inauguration, on voyait «le révérend, aux côtés de Normand Casper Ouimet, et des représentants de la FTQ, des Rizzuto et du maire Tremblay».

Paul Sauvé a-t-il été trop naïf ou a-t-il sciemment pactisé avec le diable? «Trop naïf, peut-être, dit-il. C'est une période noire où je pensais qu'il fallait suivre cette route-là.»