Montréal compte trop d'élus, trop d'arrondissements, trop de pouvoirs qui échappent à son maire. Ce verdict sans détour, c'est celui du chef de l'Action démocratique du Québec, Gérard Deltell. Cinq ans après les défusions, selon lui, la preuve est faite: «Montréal est ingouvernable.»

Karim Benessaieh LA PRESSE

C'est la première fois qu'un parti politique provincial prend position de façon aussi claire dans ce débat, a souligné M. Deltell lors d'une entrevue avec La Presse dans ses bureaux du Vieux-Montréal. «J'invite le Parti québécois, le Parti libéral, Québec solidaire à prendre une position claire là-dessus [...] Il faut une nouvelle gouvernance, qui permettrait au maire et à l'exécutif d'avoir de véritables pouvoirs, plutôt que d'être perpétuellement otages des conseils d'arrondissement qui ankylosent l'action du maire.»

Le mois dernier, le parti de l'opposition Vision Montréal, dirigé par Louise Harel, a proposé de réduire le nombre de conseillers municipaux, qui est de 103. Ce geste impliquerait la fusion de quelques-uns des 19 arrondissements. La motion a été battue au conseil municipal par 36 voix contre 23.

Mais le débat n'est pas mort, estime le chef de l'ADQ. «Tout cet épisode de fusions-défusions nous a coûté un demi-milliard de dollars et, au bout du compte, on se retrouve avec les mêmes préoccupations. Ce qu'on a voulu éliminer avec les fusions municipales, les batailles sans fin entre roitelets, on l'a recréé avec les arrondissements.»

Le feuilleton du Plateau

Combien d'élus faut-il? Quels arrondissements devraient disparaître? Questionné sur les détails de cette réforme, M. Deltell affirme ne pas vouloir imposer ses vues. «On veut que le débat se fasse. Ce n'est pas à nous, à Québec, de dire qu'il y aura tant d'échevins, tant de conseils d'arrondissement. Laissons les gens en place décider.» Quand on lui rappelle que la démarche ne plaira pas aux anciennes banlieues, il réplique en invoquant le devoir de «veiller au meilleur intérêt des citoyens». «En fin de compte, on n'est pas là pour protéger des structures. On pense que les citoyens seront mieux desservis avec un conseil central qui a plus de pouvoirs que par des conseils d'arrondissement qui peuvent faire ce qu'ils veulent dans leur coin.»

Le feuilleton de la circulation sur le Plateau-Mont-Royal, les frictions chaque hiver entre les arrondissements et la Ville sur le déneigement, voilà deux exemples qui démontrent que les Montréalais ont besoin d'une administration centrale plus forte, soutient M. Deltell. «La métropole, c'est la moitié de la province, c'est le poumon économique du Québec. Quand la moitié de la province souffre, c'est toute la province qui en paie le prix.»

Il rappelle la proposition de son parti de nommer un ministre dont la seule responsabilité serait Montréal. «Quand on est ministre des Finances, on en a pas mal sur les épaules, on a pas mal de dossiers à gérer. Il est clair que dans la situation actuelle de Montréal, il faut prendre le taureau par les cornes. Et ce n'est pas un luxe que d'avoir un ministre qui se consacre à plein aux questions montréalaises.»