L'administration Tremblay propose un plan de 8,5 milliards de dollars étalé sur 10 ans pour restaurer les réseaux d'eau potable et d'eaux usées dans l'île de Montréal. Le plan comporte la relance du programme des compteurs d'eau. L'impôt foncier serait légèrement augmenté.

André Noël LA PRESSE

Depuis 2002, la Ville de Montréal a déboursé 1 milliard de dollars pour ses réseaux d'eau. Le nouveau plan décennal suggère de décupler ces dépenses: 4,6 milliards en investissement et 3,9 milliards en fonctionnement (salaires, entretien, paiement de la dette, etc.).

Ces propositions sont incluses dans un rapport d'experts présenté hier par Richard Deschamps, vice-président du comité exécutif et responsable des infrastructures de la Ville. Elles seront soumises à la consultation publique.

L'administration Tremblay revient à la charge avec son projet de compteurs d'eau dans les industries, les commerces et les institutions (ICI), mais de façon modeste. En 2007, la Ville avait signé un contrat fort contesté avec le consortium GENIeau, formé par la société Simard-Beaudry, de l'homme d'affaires Tony Accurso, et la firme Dessau.

La Presse avait révélé que Frank Zampino, alors président du comité exécutif, avait fait une croisière sur le bateau de M. Accurso pendant les négociations sur le contrat. Après avoir quitté ses fonctions politiques, M. Zampino avait été embauché comme vice-président chez Dessau. Les compteurs d'eau fournis par GENIeau étaient beaucoup plus chers que des compteurs équivalents achetés par d'autres villes.

Le vérificateur général avait enquêté sur le sujet et transmis le dossier à la Sûreté du Québec. Le contrat a finalement été abandonné.

Cette fois, l'administration Tremblay propose d'installer 16 200 compteurs dans les ICI, plutôt que 30 500. Les appareils seraient installés et entretenus par les cols bleus de la Ville, plutôt que par des firmes privées. Les compteurs ne seraient pas installés dans les petits immeubles à usage mixte, qui comprennent par exemple un salon de coiffure au rez-de-chaussée et des logements aux étages.

Le nouveau programme appelé «optimisation des réseaux» est lui aussi plus modeste. La Ville propose encore d'aménager des salles de vannes et de mieux réguler la pression dans les conduites d'eau. Mais elle veut y aller de façon graduelle, et selon les besoins. Ces deux programmes - compteurs d'eau et optimisation - coûteraient 155 millions en 10 ans, plutôt que les 355 millions prévus dans le contrat accordé à GENIeau.

Toutefois, les plus importants investissements se feraient ailleurs:

- remplacement et réhabilitation des conduites d'eau. Chaque année, Montréal déplore 29 bris par tronçon de 100 km de conduite, comparativement à 10 bris par 100 km à Ottawa, par exemple;

- construction de quatre bassins de rétention, pour éviter les inondations au moment de fortes pluies, les refoulements d'égout et les débordements d'eaux non traitées dans le fleuve et la rivière des Prairies;

- désinfection des eaux usées par l'ozone, plutôt que par le chlore.

L'administration Tremblay compte sur des subventions des gouvernements fédéral et provincial. Elle devra aussi faire des emprunts... et hausser légèrement l'impôt foncier. Réjean Lévesque, directeur du Service de l'eau et principal auteur du rapport d'experts, a indiqué que les investissements majeurs prévus dans l'eau pourraient entraîner une augmentation de 48$ sur un avis d'imposition annuel de 4000$.

Le rapport sera soumis à la Commission municipale de l'environnement, de l'eau et des grands parcs. Les citoyens et les groupes d'intérêts seront invités à remettre des mémoires en novembre.

Le rapport peut être lu sur le site internet de la Ville de Montréal à l'adresse suivante: ville.montreal.qc.ca/eaudemontreal