Sans détecteur de fumée fonctionnel pour les réveiller à temps, un père et son fils de 3 ans sont morts asphyxiés dans l'incendie de leur logement à Verdun, dans la nuit de mardi à hier.

Mis à jour le 18 août 2011
Vincent Larouche LA PRESSE

Joe Yazbeck, 31 ans, et son fils Gabriel ont été découverts tout près de la porte d'entrée de leur logement de la rue Rushbrooke. Ils se seraient réveillés après la naissance du brasier et n'ont pas réussi à sortir à temps. La mère de famille, Cynthia Beauvais, 28 ans, a été trouvée près d'eux et transportée à l'hôpital dans un état critique.

«C'est très rapide, la fumée est extrêmement toxique. Les secondes sont comptées. En quelques minutes, notre jugement devient erroné et notre respiration déficiente», explique le chef aux opérations du service de sécurité incendie de Montréal, Denis Deschamps, pour illustrer les dangers du feu.

Ce sont des voisins qui ont composé le 9-1-1 vers 2 h 40 parce que de la fumée s'échappait de l'appartement. Les pompiers dépêchés sur les lieux ont fracassé les fenêtres pour tenter de secourir les occupants, mais il était déjà trop tard. Leur chien Daven est aussi mort à l'intérieur.

Hier matin, le vélo de l'enfant, avec ses petites roues d'appoint et ses motifs du personnage de Tigrou dans Winnie l'Ourson, traînait devant l'immeuble comme un rappel du drame qui venait de se jouer.

«Leur petit Gaby venait juste de fêter son troisième anniversaire, c'est terrible. C'était un bon garçon, encore un bébé. Mon colocataire a vu les pompiers qui essayaient de le ramener à la vie», a dit un voisin des victimes, Larry Meacham, encore sous le choc.

Plusieurs résidants du secteur étaient visiblement ébranlés.

«Ils gardaient mon chien et je suis revenu le chercher hier soir. Je suis probablement la dernière personne à les avoir vus vivants», a soupiré Dominique Fortier, qui habite le même immeuble que les victimes.

«Je me suis réveillé et j'ai senti l'odeur de plastique brûlé. Je suis sorti et c'était difficile de respirer en marchant jusque-là, à cause de la fumée. Ça fait quelque chose... Là, je m'en vais tout de suite mettre des piles dans mon détecteur de fumée», a raconté Thomas de Lorimier.

L'enquête sur le sinistre a été confiée à la police de Montréal. Selon les pompiers, le brasier aurait démarré dans la cuisine, probablement en raison d'une défectuosité ou d'un oubli sur la cuisinière. Le chef aux opérations Deschamps se désole que les victimes n'aient pas eu de détecteur de fumée en état de marche.

«Ça fait 30 ans qu'on répète le même message, mais on ne semble pas arriver à en faire comprendre l'importance!», a-t-il lancé.

Lors d'une inspection rapide chez les voisins immédiats des victimes, les pompiers ont dû remplacer 10 piles et installer 3 appareils chez des gens qui n'en possédaient pas.

«J'entendais tous les bips-bips partout dans les logements où ils les testaient et les installaient. C'était presque comme une chorale pendant quelques secondes, mais ça faisait étrange en même temps», explique Lorraine Inglis, une autre résidante.

Les statistiques du Service de sécurité incendie montrent qu'environ un logement sur trois dans l'agglomération de Montréal n'a pas de détecteur de fumée fonctionnel.

Le maire de Verdun, Claude Trudel, a présenté ses condoléances aux proches éprouvés. «Cet événement nous attriste profondément, l'ensemble du conseil d'arrondissement de Verdun et moi», a-t-il dit.

«L'avertisseur de fumée sauve des vies. Cet objet est peu cher, facile à installer et requiert peu d'entretien. S'il se déclenche inutilement à répétition, il faut le déplacer au lieu de le désarmer», a-t-il ajouté.