La section en tranchée de l'autoroute Ville-Marie (A720), à l'est du Palais des congrès, est un «ulcère en plein coeur de Montréal», a dit mardi Pierre Marc Johnson, au cours d'une entrevue qu'il a accordée à La Presse en tant que président du conseil de la Société du Quartier de la santé.

Mis à jour le 10 août 2011
André Noël LA PRESSE

Ancien premier ministre du Québec, M. Johnson a aussi présidé la commission d'enquête sur l'effondrement du viaduc de la Concorde en 2007. Depuis une dizaine de jours, de nombreux médias lui ont demandé de commenter l'effondrement d'une poutre dans le tunnel Viger de l'A720. Soulignant qu'il n'en connaît pas la cause, il refuse de donner son avis sur cet incident.

Il ajoute toutefois que le Quartier de la santé peut se développer sans le recouvrement de cette portion de l'autoroute. Ce n'est pas à lui de prendre la décision, et il n'a pas l'intention d'exercer des pressions, dit-il. Mais, comme bien d'autres acteurs de la scène montréalaise, il estime que le projet est souhaitable.

«La mission du Quartier de la santé, c'est d'établir une vision du développement du quartier, qui vise à se brancher sur ces investissements massifs que sont le Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM) et le Centre de recherche du CHUM (le CRCHUM). En plus de ça, il y a un grand terrain vague et une autoroute dans le milieu, qui pourraient servir à quelque chose. On a comme un ulcère en plein coeur de Montréal. Ça vaudrait peut-être la peine de développer ces terrains.»

La Société du Quartier de la santé a été créée après la décision du gouvernement de construire le nouveau CHUM sur les terrains de l'hôpital Saint-Luc, près de l'A720. Son mandat : mettre sur pied un technopôle axé sur les sciences de la santé et attirer dans ce quartier d'autres investissements, publics et privés: institutions, laboratoires, chercheurs, etc.

Campus de santé publique

Tant que les projets du CHUM et du CRCHUM ne levaient pas, les démarches étaient ardues. Mais, depuis quelques mois, la construction du CRCHUM, au-dessus de l'A720, va bon train, tout comme la préparation du chantier du CHUM. Cela a donné un élan aux promoteurs du Quartier de la santé.

Ainsi, une délégation des autorités de la santé publique de Shanghai est attendue à Montréal dans un mois pour préparer une conférence des grandes villes sur la santé publique. Ce thème est au coeur des projets immobiliers et intellectuels du Quartier de la santé. M. Johnson et son équipe travaillent à l'aménagement du «campus de santé publique Norman-Bethune» sur les vastes stationnements qui se trouvent entre l'A720 et la rue Saint-Antoine, en face du palais de justice.

Ce campus abriterait la toute nouvelle École de santé publique de l'Université de Montréal, la Direction de santé publique de Montréal et les locaux montréalais de l'Institut national de santé publique du Québec. Plus à l'est, vers le CRCHUM, se trouverait le Pavillon des industries de la santé. Le Quartier de la santé ne serait-il pas plus intéressant si chercheurs, professeurs, médecins et étudiants avaient une vue sur un espace vert ou bâti, aménagé au-dessus de l'A720, plutôt que sur une tranchée bruyante et polluante?

«C'est sûr que ce serait souhaitable, répond M. Johnson. Ce serait plus beau, ce serait plus agréable et ça ferait un espace mieux aménagé. Mais c'est une décision qui revient aux autorités qui s'occupent des infrastructures... Tant mieux si on peut avoir le recouvrement de la tranchée en cours de route, au moment précis où les autorités décideront de le faire.

«D'un point de vue urbanistique, c'est clair qu'un quartier où il y a des arbres, des parcs et des fontaines est plus intéressant qu'un quartier où on entend le bruit des autos. C'est sûr qu'il y a un avantage manifeste, de notre point de vue. Encore une fois, on n'est pas un maître d'oeuvre de ça.

«À partir du moment où un certain nombre d'intérêts publics et privés auront entrepris des démarches pour s'installer [dans ce secteur], on peut penser que le ministère des Transports, sous la pression de la Ville de Montréal, pourrait regarder s'il ne faut pas couvrir l'entièreté de l'autoroute, pour faciliter un aménagement urbain qui soit plus attrayant.

«On n'a pas besoin du recouvrement pour accomplir notre mission... Mais si vous me demandez si je suis pour les parcs, les beaux arbres et les fontaines dans le milieu des villes, la réponse, c'est oui. Si c'est beau, c'est mieux que si c'est laid! Tout le monde s'entend pour dire que des autoroutes qui passent à travers les villes, ce n'est pas la meilleure des solutions. En même temps, ce n'est pas à nous de proposer une allocation de ressources de cette envergure.»