«On a failli mourir. J'ai l'impression qu'on a mis la vie de ma famille et de mes amis en danger. Et quand j'entends les commentaires du ministère des Transports, c'est comme une insulte à mon intelligence», raconte Marie-Élaine Tremblay.

Mis à jour le 2 août 2011
Vincent Larouche LA PRESSE

La mère de famille avoue qu'elle est encore sur le choc. Il lui faudra du temps pour dépasser les événements du week-end. Elle ne se sent plus en sécurité sur les routes du Québec.

La journée s'annonçait pourtant tranquille. Avec son conjoint et leurs enfants âgés de 3 ans et 9 mois, elle était partie de Mercier, sur la Rive-Sud, pour se rendre au Jardin botanique. Son ami Patrice Fiset, lui aussi accompagné de sa conjointe et de son bébé, suivait un peu plus loin sur l'autoroute, dans sa propre voiture.

«À 8h57, on s'est parlé au téléphone. On était juste derrière eux sur l'autoroute, quelques minutes en arrière, raconte-t-il. On devait se rejoindre là-bas».

À 9h10, lorsqu'il arrive à l'entrée du tunnel de l'autoroute Ville-Marie après être passé sous le boulevard Saint-Laurent, Patrice Fiset constate que la route est bloquée. Il pense d'abord à un accident, mais voit vite que quelque chose est tombé sur la route, obstruant l'autoroute sur trois voies de large. Des gens paniqués lui font signe. Des voitures reculent à contresens sur l'autoroute pour prendre une sortie.

«Ce n'était pas des travailleurs de la construction qui barraient la route devant nous. C'était des gens comme vous et moi, sans dossard, qui avaient ramassé des cônes de construction et qui les traînaient en faisant signe aux gens de se tasser», se souvient-il.

Craindre le pire

Il redoute alors le pire pour ceux qui le précédaient. Sa conjointe compose vite le numéro de leur amie Marie-Élaine sur son cellulaire.

«Nous étions déjà passés et nous étions rendus à Notre-Dame lorsque mon téléphone a sonné. J'ai entendu mon amie presque en larmes. Je n'ai pas compris tout de suite l'ampleur de ce qui était arrivé. C'est en regardant la télévision le soir que j'ai compris. J'ai regardé mes enfants et je me suis dit: "Merci mon Dieu, nous sommes vraiment passés à un cheveu". Ce n'était pas un petit bloc!», s'exclame la mère de famille.

«Lorsque nous sommes arrivés à destination, nous nous sommes tous serrés dans nos bras. Heureux d'avoir échappé à une tragédie. Heureux que nos familles soient en sécurité. Conscients d'avoir évité le pire», raconte-t-elle.

Patrice Fiset aussi se trouve chanceux de ne pas être arrivé une minute plus tôt, alors que la structure s'effondrait.

«Je revois dans ma tête tous les petits gestes et les préparatifs qui nous ont retardés. Nous nous étions arrêtés acheter quelque chose pour le pique-nique. Il y a un paquet de petits gestes qui ont fait que nous sommes arrivés APRÈS l'effondrement», dit-il.

«Je suis prisonnier»

«Ma réaction aujourd'hui, c'est de la colère. C'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase qu'un événement aussi dangereux survienne de façon aussi inattendue pendant qu'on s'en va à un pique-nique», poursuit-il.

Les deux familles n'ont que faire des paroles du ministère des Transports, qui tente de se faire rassurant pour les automobilistes.

«La réaction du Ministère m'a déçu. Ils ont l'air de dire que tout est sécuritaire, mais pour moi, c'est comme nier le réel. C'est nier ce que j'ai vécu, l'impuissance totale alors que plusieurs tonnes de béton s'effondrent sur une autoroute ouverte où circulent des familles. C'est nier le fait qu'il y a un danger réel et que c'est un miracle si nous ne sommes pas morts», affirme Patrice Fiset.

Lui qui habite à Pointe-Claire et travaille à Longueuil aimerait pouvoir éviter les ponts, tunnels et viaducs.

«Ma confiance est détruite. Je crois qu'on ne nous dit pas tout, pour ne pas créer de panique. L'ironie du sort, c'est que je suis prisonnier dans tout ça: je dois passer par le pont Champlain, l'échangeur Turcot ou l'autoroute Ville-Marie pour aller travailler, et les transports en commun ne sont pas une option pour moi. J'ai l'impression de jouer à la roulette russe», dit-il.

Marie-Élaine Tremblay, elle, ne comprend pas que de tels accidents surviennent encore, après tout le tapage suscité, en leur temps, par l'effondrement des viaducs de la Concorde et du Souvenir, à Laval.

«C'est un miracle qu'il n'y ait pas de blessés ni de morts cette fois-ci. Combien ça va en prendre avant qu'il se passe quelque chose?», demande-t-elle

- Avec la collaboration d'Anabelle Nicoud