Pour deux viaducs effondrés, une poignée de vies fauchées et quelques familles endeuillées, combien de catastrophes évitées de justesse, parce que des morceaux de béton sont tombés par miracle des dimanches ou juste au bon endroit? Retour sur quelques-uns des ratés du système routier dans la grande région de Montréal.

Louise Leduc LA PRESSE

Le viaduc du Souvenir

En juin 2000, une poutre d'une soixantaine de tonnes a littéralement écrasé une voiture, tuant un homme et en blessant deux autres, alors qu'ils roulaient sur l'autoroute 15, à Laval. Personne n'a été tenu responsable de la catastrophe du Souvenir. Ni l'entrepreneur, ni le concepteur et surveillant des travaux, ni la firme de génie-conseil, ni le sous-traitant responsable du coffrage, non plus le donneur d'ouvrage, Laval, ni aucun ingénieur.

Le viaduc de la Concorde

Le 30 septembre 2006, vers 12 h 30, le viaduc de la Concorde, qui enjambe l'autoroute 19, à Laval, s'est effondré, tuant cinq personnes et en blessant six autres grièvement.

Autoroute métropolitaine

Le 30 mai dernier, un morceau de béton d'une vingtaine de kilos s'est détaché d'une partie de l'autoroute métropolitaine, avant de s'affaisser sur le trottoir du boulevard Crémazie en pleine heure de pointe, un lundi matin à Montréal. Un miracle, cette fois aussi: personne n'est blessé.

Pont Champlain

Le 7 juillet, deux joints de dilatation ont flanché sur le pont Champlain, sur les travées en direction de Montréal, en pleine heure de pointe, créant des trous béants dans la chaussée. Ces joints de dilatation faisaient partie de la liste des travaux à effectuer d'ici 2019. Inauguré en 1962, le pont Champlain n'est plus sécuritaire, de l'avis de plusieurs rapports, parmi lesquels certains ont d'abord été tenus secrets par le ministre conservateur Denis Lebel, qui jugeait le citoyen ordinaire incapable d'en comprendre la teneur.

Pont Mercier

Le 14 juin, le pont Mercier a été fermé d'urgence et le sera en grande partie au moins jusqu'à la rentrée parce que des éléments de structures sont gravement détériorés. Pour les gens de la Rive-Sud, la situation est catastrophique, les trajets étant rallongés d'une heure ou deux chaque jour. Des citoyens se sont carrément trouvé un pied-à-terre temporaire à Montréal pour fuir le chaos. Dans une lettre ouverte, les mairesses de Longueuil et de Châteauguay, Caroline St-Hilaire et Nathalie Simon, ont dénoncé d'une même voix le mois dernier le fait que 500 000 personnes sont prises en otage par l'état lamentable du réseau routier. Les deux élues se montraient sceptiques devant les paroles rassurantes de Québec et d'Ottawa «sur le bon état des ponts Mercier et Champlain»: «Alors que des travaux majeurs sont réalisés depuis deux ans sur le pont Mercier, on découvre soudainement que son soutènement est menacé. C'est comme si l'on réparait le toit d'une maison en ignorant que les murs croulent.»

Échangeur Turcot

À la mi-avril, pour amorcer des réparations qualifiées d'urgentes par les ingénieurs - un énième problème de fissuration - le ministère des Transports du Québec limite la circulation à une seule voie sur trois dans la bretelle de l'échangeur Turcot en direction ouest. En arrivant du centre-ville, ces jours-ci, les automobilistes se butent à cette seule voie ouverte, sans compter qu'ils ne peuvent emprunter la sortie menant vers le pont Champlain, fermée tout comme la sortie Saint-Jacques, inutilisable depuis des mois.

Échangeur l'Acadie

Construit à la fin des années 50, le rond-point l'Acadie a été entièrement reconfiguré en 2004. Le coût des travaux avait été estimé à 58 millions; il a été de 116 millions. Cela n'a pas empêché l'endroit d'être impraticable à répétition depuis quelques années et d'être fermé pour inondation à au moins sept reprises.