Les palmarès se suivent et ne se ressemblent pas pour Montréal. Un jour, on lui lance des fleurs, le lendemain, des tomates. Ce qui est sûr, par contre, c'est que la ville n'a pas à rougir du nombre de ses piscines extérieures.

Mis à jour le 12 juill. 2011
Gabriel Béland LA PRESSE

Alors que les beaux jours sont finalement arrivés, une recherche de La Presse a permis de constater que la métropole est la ville nord-américaine qui compte le plus de piscines extérieures publiques.

On en dénombre 74 à Montréal - sans compter les pataugeoires et les jeux d'eau -, ce qui représente une piscine pour 22 540 Montréalais. Parmi les villes dont la population dépasse le million, seule Philadelphie surpasse la métropole québécoise, avec une piscine pour 21 800 personnes.

En proportion, les Torontois en comptent deux fois moins. Les plus à plaindre à ce chapitre sont les New-Yorkais qui, s'ils décidaient tous simultanément d'aller se baigner aux 54 points d'eau extérieurs de la ville, se retrouveraient à... 151 000 par piscine!

Et les choses n'iront pas en s'améliorant pour les Américains harassés de chaleur: le New York Times a rapporté, la semaine dernière, que les piscines publiques ferment à un rythme alarmant aux États-Unis. Des installations ont récemment été condamnées à Atlanta, Cincinnati, New York et Philadelphie par des administrations municipales en manque d'argent.

Depuis les années 70, la piscine publique vit en fait un long déclin aux États-Unis. Elle est victime de la crise des finances publiques, mais aussi de la montée en flèche de la piscine privée, qui règne sur les cours américaines, de Reno à Jacksonville. Dans les dernières années, quelque 350 piscines municipales ont été fermées aux États-Unis, selon un décompte du Philadelphia Inquirer publié dimanche.

Montréal regarde cette vague de désaffection sans broncher. Depuis la construction des premières piscines municipales extérieures à Montréal, dans l'île Sainte-Hélène en 1953, leur nombre n'a fait qu'augmenter. Ici, les arrondissements ne sont pas prêts à sacrifier ces petites oasis.

«On a une affluence extraordinaire, explique le maire de Rosemont-La Petite-Patrie, François Croteau. Ce serait impensable de fermer ce service aux citoyens, on ne l'envisage pas du tout. Savez-vous que 124 000 personnes fréquentent l'une des deux piscines de l'arrondissement chaque été?»

Dans le Plateau-Mont-Royal, on vient par exemple d'investir 5,3 millions de dollars dans la rénovation de la piscine Laurier vieillissante, construite en 1962. Les piscines Jarry et Kent, qui datent de la même année, ont aussi reçu récemment une cure de jouvence.

«Les piscines extérieures sont très populaires, et il n'est pas question d'y toucher», tranche la mairesse de Villeray-Saint-Michel-Parc-Extension, Anie Samson.

Son arrondissement a même décidé en 2008 de rendre gratuit l'accès aux piscines extérieures. «C'est un choix qu'on a fait, même si on manque de revenus, dit-elle. On est un secteur qui est pauvre, extrêmement populeux, avec beaucoup d'immigration. Nos quartiers sont densément construits et les gens n'ont souvent pas de cour. C'est important d'offrir aux citoyens des endroits où aller se rafraîchir. On s'est dit que ce n'est pas pour une piastre qu'on va empêcher les gens d'aller se baigner. Donc, on a décidé que ce serait gratuit.»

Onze piscines en six mois

Les raisons abondent pour expliquer la profusion de piscines municipales extérieures à Montréal. La ville est historiquement plus pauvre et plus dense que ses voisines, deux facteurs qui nuisent à la prolifération des piscines privées.

«Le besoin est plus fort ici qu'ailleurs parce qu'on a moins de piscines derrière les maisons, croit le conseiller de Projet Montréal, Alex Norris. Nos quartiers centraux sont densément peuplés et il y a peu de place pour aménager des piscines, surtout en arrière des duplex ou des triplex. Ça ne se ferait pas.»

Mais les raisons sociologiques n'expliquent qu'une partie du phénomène. Les idées de grandeur de l'ancien maire Jean Drapeau et la frénésie des années 60, décennie de construction de la plupart de nos piscines, ont aussi joué, selon un ancien architecte de la Ville interrogé par La Presse.

En janvier 1962, Pierre Bourgeau a reçu une commande «un peu excessive du maire» pour 40 piscines extérieures. Elles devaient être livrées avant l'été. «Le maire avait été embarqué par un vendeur de piscines, raconte Pierre Bourgeau, aujourd'hui âgé de 80 ans. On m'a donné la commande et j'ai analysé l'affaire, mais je me suis vite rendu compte que c'était une trop grosse aventure.»

La Ville a finalement réussi à construire 11 piscines, en 6 mois, pour moins de 1,5 million de dollars. «Ça flyait dans ce temps-là!», rigole-t-il.

Les populaires piscines Laurier, Jarry et Kent faisaient notamment partie du lot. Elles ont été inaugurées le jour de la Saint-Jean-Baptiste, se rappelle Pierre Bourgeau. «Ça répondait à un besoin, dit-il. L'été de leur inauguration, elles étaient souvent pleines, elles débordaient. Il fallait que les gens attendent à la porte et fassent la file.»

Cinquante ans plus tard, l'engouement pour les piscines est le même à Montréal. Au parc Laurier, il faisait 26 degrés dimanche. Malgré les nuages, la piscine d'une capacité de 600 personnes était pleine à craquer. «Je viens ici presque tous les jours durant l'été, a raconté Magalie Boisvert, 17 ans, qui patientait dans une petite file à l'entrée. C'est pas mal mieux que de rester chez moi.»

«Ça coûte presque rien et ça fait un beau bronzage!», a-t-elle lancé avec un sourire, en s'engouffrant dans les vestiaires.

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Quatre piscines à découvrir

Avec plus de 70 piscines publiques extérieures à Montréal, difficile de toutes les connaître. En voici quatre à découvrir ou à redécouvrir.

La Natatorium de Verdun, 6500, boulevard LaSalle > La plus vieille piscine extérieure de la province a longtemps été considérée comme la plus grande du Canada. Inaugurée en 1940, elle offre une vue sur le fleuve. Depuis l'été 2005, les enfants peuvent barboter dans une pataugeoire chauffée, à quelques mètres de la piscine. L'admission coûte 1$ pour les enfants et 2$ pour les adultes.

Le complexe aquatique de l'île Sainte-Hélène, Parc Jean-Drapeau > Au coeur du parc Jean-Drapeau, ce complexe est composé d'une piscine de compétition, d'un bassin de plongeon et d'une piscine récréative. Tous les samedis, les enfants peuvent jouer avec d'immenses structures gonflées. Le prix d'entrée est de 3$ pour les enfants de 3 à 13 ans et de 6$ pour les plus grands.

La piscine extérieure de l'hôpital Royal Victoria, 687, avenue des Pins Ouest > Au pied du mont Royal, cette piscine offre une vue imprenable sur le centre-ville. Probablement le secret le mieux gardé à Montréal! Elle est réservée en priorité aux employés de l'hôpital et de l'Université McGill, mais le public est accepté lorsqu'il y a de la place, moyennant des frais de 5$.

La piscine du village Pointe-Claire, Parc Bourgeau > Au bord du lac Saint-Louis, offrant une vue sur la marina et ses bateaux, cette piscine est l'une des plus belles de l'île de Montréal. Située dans un grand parc où l'on peut pratiquer plusieurs sports, elle représente une bonne option lorsque les piscines municipales sont bondées les jours de canicule. Admission: 3$ par enfant, 5$ par adulte et 15$ par famille.